Qu’est-ce que l’anthropolitique ?

Ce mot « anthropolitique » est tiré des écrits d’Edgar Morin. L’Anthropolitique résume l’idée d’un monde, d’une société et d’une nature où l’humain est conscient de la nécessité de se remettre en cause et d’évoluer constamment. Il répond aux défis de son temps et à son rôle d’humaniste en étant capable de concilier ses aspirations avec celles de l’ensemble du vivant et des croyances. Notre monde globalisé, complexe et en accélération constante réduit les perspectives de vie à l’immédiat.

L’anthropolitique, en cherchant à rappeler à l’homme ses responsabilités et ses aspirations, en promouvant l’art de la dialogique (les contradictions ne s’annulent pas mais en se mesurant peuvent s’enrichir et les contraires sont indissociables. Les échanges ne visent pas nécessairement à une synthèse unifiante mais plutôt à dévoiler les impasses et les solutions d’un temps tout en ayant conscience que les « vérités » et les « erreurs » évoluent avec le temps), contribue à l’émergence de reliances et résiliences au coeur de chacun et fait naitre la conscience que tout ce qui nous est étranger et qu’on ne comprend pas fait en réalité parti de nous. En osant faire des liens et des ponts avec cet « étranger », une autre vie s’envisage, un autre avenir.

Il ne s’agit ni d’un parti (par essence l’anthropolitique ne peut être une partie car elle s’adresse à tous les hommes sans distinction), ni d’une religion, ni d’une science, mais bien un pari d’association pour promouvoir et faciliter les liens entre ceux qui aspirent à une telle vision. L’anthropolitique se traduit par un processus d’accompagnement pour permettre de concilier le futur à venir et notre vie quotidienne.

Et l’enfant de dire : « C’est compliqué ce que vous voulez faire !! »

« Non, dit le tisserand, ce n’est pas compliqué, c’est complexe. Au début tous ces fils qui s’entrecroisent, mais derrière, l’image du tapis qui relie ensemble tous ces fils et révèlent l’image ».

Redécouvrir cette trame invisible mais bien réelle où les choses sont tissées ensemble.

Dans le cadre de l’anthropolitique, 4 grands thèmes sont développés :

–        Tenter d’éclairer les grandes questions atemporelles,

–        Dégager une prospective tant au niveau individuel que collectif,

–        Dévoiler les ombres qui défilent sur l’écran de la caverne et leurs producteurs,

–        Faire partager des expériences innovantes et motivantes au présent et pour les temps à venir.

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Si j’avais 20 ans en 2025

Si j’avais 20 ans en 2025…

Pourquoi m’être mis dans la peau de mon fils avec ce titre ???

La conscience du côté éphémère de la vie ? Mes « taches » de vieillesse que je ne peux plus cacher, pas même à moi-même ? Ce désir possessif et grégaire de prolongement du moi dans sa descendance ? La peur d’être jugé par son propre fils et justifier à l’avance ses orientations en terme d’éducation ? L’intuition du futur à venir ? La conviction d’un monde à venir et de savoir comment s’y préparer ? L’amour ?

En 2011, Nicolas Tenzer sortait un livre « Le monde à l’horizon 2030 ». Dans ce livre, le mot qu’il employait le plus souvent pour décrire le monde actuel et jusqu’en 2030 était « déséquilibre ». Déséquilibre est de mon point de vu beaucoup trop « soft » pour le monde d’aujourd’hui. Mais c’est un mot qui convient mieux quand on voit le monde du haut des couloirs des ambassades aux tapis feutrés. Depuis 1989, année marquée par le symbole de la chute du mur de Berlin, le feu vert a été donné au pillage systématique et accéléré de toutes les ressources planétaires. On a alors quitté le XX° siècle, siècle du déséquilibre, pour rentrer dans une nouvelle ère, celle de la fragmentation, celles où les choses se séparent, s’abiment voir disparaissent pour longtemps. Et cette nouvelle ère de fragmentation devrait être assez courte, celle de l’effondrement frappe à la porte… L’effondrement, c’est la fin d’un monde et pas du monde. Les choses s’écroulent et malgré tous les efforts pour y remédier, le phénomène est inexorable. C’est un peu comme ces châteaux de sable qu’on dresse, enfant, face à la marée montante. On bouche, on rebouche, on court de plus en plus vite pour réparer les fuites, et les vagues, qui veulent jouer aussi, deviennent en réponse de plus en plus hautes et fortes.

Pas très joyeux cette perspective d’effondrement comme prospective des années à venir…

Aussi, si j’avais 20 ans en 2025 je me préparerai des maintenant du haut de mes 10 ans.

– Je dirai à mes parents que ce n’est pas la peine de me concocter un plan de carrière façon grandes écoles car ces écoles là ne peuvent pas préparer aux effondrements de ce qui les soutient.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre l’autonomie dans tous les domaines et régulièrement me mettre à l’épreuve pour que je puisse constater par moi-même mes forces et mes faiblesses et ainsi développer le courage de m’améliorer.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre l’autarcie pour une vie sédentaire comme pour une vie nomade, car les deux pourraient être particulièrement complémentaires dans un monde de pénurie.

– je dirai à mes parents de m’apprendre à cheminer en paix avec la solitude en m’octroyant des longues et courtes immersions dans des milieux qualifiés de sauvages, là où l’homme et ses traces sont encore l’exception.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre à me forger de réelles amitiés basées sur une confiance mutuelle, des convictions partagées et des liens fraternels qui résistent aux frictions des personnalités, comme aux engagements envers des idéaux.

– Je dirai à mes parents de m’aider à trouver les réponses aux grandes questions qu’on se pose, par mes observations de la nature, de mes actes et de mes pensées, mais aussi par des lectures, rencontres et dialogues choisis.

– Je dirai à mes parents de me facilité l’accès aux arts, à la politique, aux religions et aux sciences et m’encourager à développer pour ces thèmes une pensée complexe capable de les relier tout en les différenciant, capable d’y insuffler de la vie pour un renouvellement, capable de les mettre à distance pour qu’elles restent des moyens et non des finalités.

– Je dirai à mes parents de ne pas me créer un monde artificiel de bisounours et tout en me protégeant, me divulguer progressivement tous les aspects du monde actuel.

– Je dirai à mes parents qu’ils prennent le risque de me faire faire un parcours de vie atypique, que je ne leur en voudrais pas, même si dans vingt ans ce monde ne c’est pas encore effondré, cela m’aura bien préparé pour mes propres enfants.

– Je dirai à mes parents de me laisser rire et pleurer même et surtout quand la raison leurs échappe, de me laisser ma part de mystère.

Soif d’idéal ?

Soif d’idéal ?

Vous vous souvenez en 1997 la chanson d’Alain Souchon « Soif d’idéal » ?

Oh la la la vie en rose
Le rose qu’on nous propose
D’avoir des quantités d’ choses
Qui donnent envies d’ autres choses
Aïe on nous fait croire
Que le bonheur c’ est d’ avoir
De l’ avoir plein nos armoires
Dérision de nous dérisoire, car

Refrain
Foule sentimentale
On a soif d’ idéal
Attiré par les étoiles les voiles
Que des choses pas commerciales
Foule sentimentale
Il faut voir comme on nous parle
Comme on nous parle……..

L’idéal rime avec le mot engagement. Un engagement issu de sa propre volonté et qui a la particularité d’être parmi nos engagements celui qui a le plus de valeur. L’idéal relève d’un pari : le pari qu’une idée abstraite puisse être un modèle pour éclairer et donner le sens de sa vie. L’idéal donne de la force et de l’enthousiasme, quand il nourrit les convictions et rend les hauts et les bas anecdotiques. Mais l’idéal peut aussi rimer avec fanatisme quand la rigidité s’immisce chez les personnes qui le portent, rendant leurs convictions exclusives. L’idéal peut côtoyer l’intolérance quand ceux qui s’en réclament s’imaginent en être les uniques porteurs, les seuls élus sur une voie considérée comme supérieure à toutes les autres. L’idéal peut être pris comme alibi pour justifier des violences et des guerres. Le XX° siècle en est la grande illustration et le XXI° siècle est bien parti dans le même sens.

Michel Lacroix dans son livre « Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ? »1 apporte un éclairage intéressant sur les idéaux qui ont fleuri du XVIII ° siècle à nos jours. Il en propose même des présentables pour les temps à venir dans sa tentative de réhabilitation des idéaux. En conclusion de son livre, il propose « un idéal fondé sur la tempérance et réconcilié avec le réel » (ne pas être l’idéaliste qui oppose la réalité sensible à la perfection de l’idéal, avec le risque de vouloir justifier les tables rases. Etre plutôt celui qui pense idéalement ET agit modestement). Il cite Ernest Renan, humaniste du XIX° siècle, comme père d’un idéalisme raisonnable, un idéalisme où le besoin de sacré s’exprime avec les idéaux du vrai, du beau et du bien, idéaux déjà prônés du temps de Socrate.

L’idéaliste, dans un monde de calculs, de cynisme et d’ambition est vu comme un marginal, un attardé naïf voir manipulé. Martin Hirsch dans son livre 2« La lettre perdue » nous le confirme : « le système éducatif et le système économique vont vous faire croire que grandir, c’est vous départir de votre idéal… Aux jeunes on apprend à être réalistes.. … On va vous persuader que le passage à l’âge adulte est le renoncement à votre idéal. De bonnes âmes, dans lesquelles vous avez confiance, vont vous aider à faire cette mue ».

Dans la même veine que Michel Lacroix, je vous propose d’embrasser un idéal. Un idéal qui à la fois vous est propre et est aussi, a été et sera le grand but de chacun d’entre nous. Un chemin, votre chemin, qui en le parcourant transforme vos doutes et vos errements en sagesse et en confiance. Ce chemin qui fait sens se cultive et s’incarne par tout ce qui nous rend meilleur et peut être constaté par d’autres, de tout ce qui, aurait dit Socrate, permet toujours plus de bon, de beau, de bien et de juste non seulement pour soi, mais aussi pour les autres, tous les êtres vivants et le monde. Cet idéal qui rend meilleur en s’en rapprochant ne peut-être exclusif. Au contraire, il apporte toujours plus d’ouverture, de tolérance et de capacités à intégrer les contraires sans tomber chez les « bisounours »…

Pour s’engager dans de telles voies, je suis tenté d’apporter quelques conseils… Cela ressemble au voyage d’Ulysse ou des Argonautes. Luc Bigé[3], dans son livre « La voie du Héros » nous donne, à travers les douze travaux d’Hercule, une synthèse des obstacles et des trampolines qu’on trouve sur ce parcours intérieur. Mais bien sur, il ne nous donne pas le parcours.

Alors, comment le découvrir ce parcours ?

Où sont les petites pierres blanches sur le sentier ???

Peut-être ces conseils pourraient vous aider :

– Chacun a son propre chemin.

– C’est un parti pris, mais, de mon point de vu, tous les chemins d’idéalistes convergent vers un même point. Un point qui est plus haut et qui éclaire plus bas. (L’idéaliste qui parcourt son chemin devient mieux éclairé lui-même, mais aussi contribue à éclairer son siècle, cela ne peut pas être dissocié même si au présent cela ne se voit pas).

– L’idéaliste qui parcourt ce type de chemin devient un exemple, même s’il a des défauts par ailleurs et dans la mesure où ses défauts ne prennent pas le dessus sur ce qui le grandit et lui donne son autorité.

– Tous les chemins d’idéalistes sont à contre courant de ce qui est facile, sans épreuves, ni obstacles.

– Aujourd’hui plus qu’hier, la notion de prospective concerne tous les idéalistes cars nous sommes à une époque charnière où le futur se précipite en accéléré mais reste encore inconnu. Nous avons besoin d’hommes et de femmes courageux capables de suivre leurs intuitions dans des voies que personne n’ose prendre.

– Si chacun a son propre chemin, le parcours ne se fait jamais seul. Il est ponctué de rencontres et d’échanges où les sages et les fous se côtoient.

– Si le parcours du sentier demande toujours plus de sacrifices et de détachement, cela ne peut se faire au détriment de ce qui sous-tend l’individu, ce qu’on pourrait appeler sa loi d’action, ni même en brimant la personnalité sous prétextes de mieux la contrôler. Ne pas brimer la personnalité n’est pas non plus laisser libre cours aux pulsions et prendre ses phantasmes pour des réalités. C’est la maîtriser sans la bloquer, ni la brusquer.

– Et plus que tout, le chemin d’idéaliste demande d’avoir foi en la vie, base d’une détermination inébranlable pour reconnaître les impasses et les erreurs, toujours se relever après les chutes, garder l’humour et une certaine légèreté.

Alors les choses deviennent plus simple, en commençant par soi-même…

Bon chemin aux idéalistes.

1 Michel Lacroix, Avoir un idéal, est-ce bien raisonnable ?, Flammarion, 2007.

2 Martin Hirsch, La lettre perdue, Stock, 2012.

[3] Luc Bigé, La voie du Héros, Ed. Les éditions de Janus, 2010.

Land Art

Land Art…

Cela faisait plusieurs mois qu’on avait dans nos cartons un documentaire de Thomas Riedelsheimer[1] sur l’artiste de Land Art, Andy Goldsworthy. Et puis, au détour d’une conversation avec un ami, ce sujet est abordé, il connaît le documentaire et l’artiste en question et m’en parle avec grand enthousiasme.

« ll faut que je regarde çà ».

Choc… Pas seulement des images mais du processus mis en lumière : l’artiste Andy Goldsworthy, par ses œuvres, rend non seulement hommage à un site mais le fait parler et nous rend accessible l’âme du lieu à travers des images. Chapeau…

Fragiles, éphémères et éternelles, ses œuvres, reflets de ce qui est invisible aux yeux, sont des ponts pour reprendre le dialogue avec la Terre et la nature en générale. Leur processus de création est long et incertain quand au résultat. Cela demande une totale implication et une observation profonde, beaucoup de cœur, de patience et de détachement.

Le Land Art fait parti de ces nouvelles voies en accord avec le besoin général de ralentir, d’écouter, de préserver, d’aimer, sans être dans une passivité oisive, ni en réactivité avec la société.

Depuis quelques années, j’organise des « sorties yamabushis », inspirées du nom de ces prêtres guerriers japonais qui marchent dans les forêts avec pour mission essentielle d’entretenir le lien avec les « kamis » du pays. Ils font du land art sans le savoir ou plutôt sans nécessité de le distinguer de leurs autres actions…

Si la finalité des sorties yamabushis n’est pas spécialement de « pratiquer du land art », ce sont des opportunités pour contribuer à créer des états de conscience où l’âme de la nature devient perceptible, la condition essentielle, il me semble, pour s’inscrire dans le processus de création du Land Art.

Quel bonheur si des dizaines, des centaines d’Andy Goldsworthy, organisaient des stages nature avec des classes d’enfants et d’adultes… Ne seraient- ce pas les plus beaux cadeaux à faire à nos enfants et à nous-mêmes ???

Dépêchons-nous, le béton, les routes et les champs d’agriculture industrielle décomposent toujours plus les paysages et avec la possibilité de pratiquer le Land Art.

 

Je vous invite bien sur à regarder ce documentaire, un des rares témoignages dédiés au beau dans le monde d’aujourd’hui.

 

 

[1] Rivers and Tides, documentaire en DVD de Thomas Riedelsheimer.

Après les PS, UMP, FN, Verts et Front de Gauche…

Ne sentez-vous pas ces odeurs de décompositions ?

AU PS, à l’UMP, au FN, chez les Verts, au Front de gauche…, çà pue. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, il y a eu la décomposition du PC, avec ces mêmes relents nauséabonds. « Ils », les politiques, ils devraient se rendre compte et en tirer les conséquences. Mais ils tiennent bon, ils ne se bouchent même pas les narines et ils tentent de concilier ce qui est de plus en plus inconciliables : une perception intime des changements à venir, mais une grande difficulté à traduire, à partager et à rendre compréhensible ces changements. Avec les lignes maginots des partis auxquels ils font allégeance, cela les oblige à mettre en veilleuse ou à contredire leurs perceptions. Au final, on observe l’accélération de la fragmentation des partis, un désintérêt toujours plus forts « des électeurs » envers eux, une transparence accrue des conflits d’intérêts des « élus ».

Et certains de se dire « c’est le moment de créer des nouveaux partis ». Ils le font, mais très vite çà sonne creux. Les mêmes symptômes de pourriture apparaissent rapidement. Personne n’est dupe, les masques ont changé mais derrière ce sont les mêmes…

Ariane Mnouchkine[1] dans ses vœux 2014 nous éclaire de sa perception : « Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout. Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance. L’Etat, en l’occurrence, c’est nous. Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence… ».

Je fais le pari que d’ici deux décennies au plus, les « sorciers de la marmite à partis »  n’auront plus la formule pour prendre le pouvoir et agir au nom de la collectivité. Deux décennies c’est très court vont dire certains, le système devrait tenir un peu plus ?

Mais deux décennies c’est peut-être suffisant pour que les laboratoires dont parle Ariane Mnouchkine apprennent à mieux tisser des liens entre eux et prennent conscience de leur réelle force politique. C’est aussi le temps qu’il resterait avant la bascule et l’effondrement de notre monde de consommation si l’on s’en tient aux prévisions du Club de Rome[2].

Je m’adresse à ceux qui oeuvrent dans ces laboratoires en les exhortant à se donner du temps pour qu’entre eux se créent des interdépendances, nourris d’une connaissance mutuelle, de confiance et d’acceptation de leurs différences… Si l’on veut comme Mnouchkine « que nos enfants aient une oeuvre, faite de mille oeuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants »…, si l’on veut « léguer à nos enfants la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient », il est urgent de « perdre » du temps et de l’argent pour ces laboratoires et la création d’un réseau entre eux. Remettons en cause nos acquis et nos conforts et surtout gare au repli sur soi quand on nous brandit l’épouvantail de la crise. Gare à tous ces mots teintés du vieux système qui se meurt : conservateur, intégriste, sectaire, égoïste, égalitariste… Gare aussi à ces faux mots d’avenir : progressiste, moderne, libéral, libertaire, geek, … Et autre « branchitude »…

Il ne nous reste que peu de temps pour répondre présent avant la débâcle annoncée par le Club de Rome et les minorités oubliées.

[1] Ariane Mnouchkine vœux 2014 http://www.mediapart.fr/journal/france/311213/les-voeuxd-

[2] Club de Rome puis Graham Turner (lire surtout ce qui concerne Graham Turner qui a eu l’idée de confronter les données historiques de 1970 à 2000 avec 3 évolutions simulées par le modèle créé par le club de Rome en 1970) http://www.manicore.com/documentation/club_rome.html

Qui tire les ficelles ?

Arrétez de fantasmer sur des conspirateurs à l’échelle planétaire !

On peut quand même se la poser cette question de qui tire les ficelles… D’autres l’ont fait avant nous (Platon avec le mythe de la caverne). Et le mythe se perpétue dans notre imaginaire avec des livres comme le Seigneur des anneaux, 1984, le Meilleur des mondes, ou des films comme La guerre des Etoiles, Matrix, Inception, … Un sujet qu’on a relégué au monde des ados… surtout pas au monde sérieux des adultes…

Existent-ils ces maîtres du monde et si c’est le cas, qui sont-ils ?

Seraient-ce les oligarchies ?

Alain Cotta1 dans son livre « Le règne des Oligarchies », explique que les oligarchies2 ont toujours dominé le reste de la population avec pour finalité d’endormir et massifier ce « reste ». Mais les oligarches sont quand même assez nombreux à l’échelle du monde. Cela ferait un peu beaucoup de « maîtres du monde »..

Parmi les oligarches, seraient-ce ceux qui contrôlent la finance ?

Naomi Klein3 dans son livre « la stratégie du choc », décrit le fonctionnement des maîtres de la finance depuis la seconde guerre mondiale. On découvre le rôle de certaines écoles, de multinationales et d’institutions sous leur contrôle ou sous leur influence. Ce sont ceux qui contrôlent la réserve fédérale ou banque centrale américaine (la réserve fédérale américaine n’est pas sous le contrôle du gouvernement des Etats-Unis mais sous le contrôle de banques privées) et indirectement le FMI, l’OMC, l’OTAN, le FBI…

C’est peut être eux ou certains parmi eux…

Seraient-ce ceux qui apparaissent directement sur le devant de la scène, qu’elle soit politique, économique, militaire ou médiatique ?

C’était pour rire, mais faire le guignol est un bon moyen de passer inaperçu pour d’autres sujets…

Et pourquoi pas ceux qui instrumentalisent ceux qui sont sur le devant de la scène ?

Ces derniers, peu nombreux, ont aussi le pouvoir à travers les conseils d’administration des banques et des multinationales. Ils dictent aussi les programmes des médias. Par exemple, en France, on a quelques individus qui contrôlent à la fois une ou plusieurs multinationales et des médias comme 4Martin Bouygues (Bouygues construction, Bouygues téléphone, TF1, LCI, TF6, TV Breizh, TMC, TPS), Arnaud Lagardère (EADS pour quelque temps encore, Fayard, Grasset, JC Lattès, Stock, Parie Match, Journal du Dimanche, Nice Matin, La Provence…), Edouard de Rothschild (banque Rothschild par filiation, Libération, France Galop), Serge Dassault (Dassault aviation et systèmes, Thalès, actionnaire de L’Express, Valeurs Actuelles et du Figaro), François Pinault (ancien président du groupe PPR, actionnaire au Point). Et dans les autres pays dits riches, on a les mêmes concentrations de pouvoirs dans les mains de quelques hommes.

Seraient-ce les hommes les plus riches du monde ?

Carlos Slim Helu, Bill Gates, Amancio Ortega, Warren Buffett… et les autres…

Seraient-ce des membres influents de groupements comme le Word Economic Forum, le groupe Bilderberg, les Francs Maçons, les Triades chinoises, le Siècle, Le Club de Rome, l’Opus Dei et quelques autres organisations ?…

Ces maîtres du monde, c’est certain, ils sont quelque part dans tous ceux qui viennent d’être cités et parfois dans plusieurs cases à la fois.

Pourquoi s’intéresser à eux ?

Ce n’est pas par curiosité. A propos du marché, la voix du capitalisme libéral évoquait une main invisible. De même, une main invisible pèse sur le sort de l’humanité et indirectement sur celui de la planète. C’est une main machiavélique qui se croit au dessus de tout et sélectionne ses élites en les mettant à l’épreuve : une forte intelligence rationnelle, une grande maîtrise de la personnalité, le tout marié à un profond cynisme et égoïsme. Le système dit « corporate governance » instillé au début des années 80 dans les multinationales est inspiré de ce modèle de sélection. Et les non sélectionnés (l’immense majorité de la population), sont des troupeaux, à traiter comme on traite le bétail aujourd’hui…

A ces maîtres du monde, je leurs dis « non merci ». Non, l’éducation ne sert pas à extraire une élite mais permettre à chacun de s’élever pour postuler à ce qui l’épanouit complètement. Les plus capables se mettant alors au service des autres pour aider au progrès de tous. Non, vous n’êtes pas au dessus des lois naturelles, vous n’êtes pas non plus le sommet du vivant et la vie pourrait bientôt se charger de vous le rappeler. Non, vous n’arriverez jamais à briser complètement les idéalistes et humanistes… Oui, vous êtes très fort, comme jamais, pensez vous, vous ne l’avez été. Mais relisez l’histoire, celle des annales immémoriales, vous vous êtes déjà bien plantés.

Avec le XXI° siècle, les physiciens travaillent avec acharnement pour unifier les quatre forces fondamentales de l’univers- les deux forces nucléaires forte et faible, la force électromagnétique et la force de gravité, en une seule Superforce. Quelque chose me dit que les actuels tristes maîtres du monde sont comme ces physiciens… Il y a et il y aura toujours quelque chose qui leur échappe et ce n’est pas du au hasard…

1 Alain Cotta, Le règne des Oligarchies, Plon, 2011.

2 Oligarchies : des régimes où un petit groupe de personnes a la souveraineté sur un ou plusieurs domaines comme la politique, l’économie, les médias, le militaire.

3 Naomi Klein, La stratégie du choc, Léméac/Acte Sud Babel, 2008.

La stratégie du choc consiste à profiter d’une crise ou de la créer, pour imposer à la population des réformes visant principalement à désengager l’Etat ou la région concerné de ses responsabilités. Des actifs sont alors bradés au profit de multinationales et ce qui auparavant était géré collectivement devient privé. La stratégie du choc peut être aussi appliquée à des individus sous forme de séquestrations, tortures, déracinements, déportations, voir assassinats. Les individus visés sont ceux s’opposant à ces privatisations imposées.

4 Dany-Robert Dufour , Le divin marché, Denoël, 2007, p54.

Le vieil Obs’

Depuis longtemps, je suis abonné au nouvel Observateur. Et depuis longtemps, les pages qui font encore sens se réduisent comme peau de chagrin. Il reste quelques valeurs sures, originales, vraiment nouvelles, comme souvent l’éditorial de Jean Claude Guillebaud. On trouve aussi parfois quelques débats au parfum éclectique et qui nous poussent à penser. Enfin, le sujet du moyen orient est souvent traité par des prises de positions claires et engagées. Et après…

L’orient (sans le moyen) est quasi absent, sauf si l’actualité officielle de masse en parle. L’écologie n’existe qu’à travers les frasques de ceux qui l’ont mise en parti. La spiritualité y est interdite, laïcité oblige, ou qu’à travers ses ismes… Et c’est dans les dossiers qu’on se rend le plus compte que le nouvel Observateur est devenu le Vieil Obs. Vieil Obs n’étant pas ici synonyme de sagesse et d’expériences mais l’inverse, quand l’âge rend recroquevillé, replié, protectionniste, soucieux de garder des habitudes et des conforts.

Prenons par exemple, le dossier sur « les penseurs qui comptent ». E Aeschimann nous prévient (heureusement) que la liste des penseurs n’est pas exhaustive, qu’il a fallu faire un choix guidé pour faire apparaître du nouveau, que c’est un instantané. D’après lui, il n’y aurait pas de penseurs vivants pour incarner la question écologique ce que bien sur je ne partage pas. Et à part faire une fiche analytique de chacun des « 25 penseurs qui comptent » et les départager en 3 catégories, quel est l’apport du vieil obs ? Quel est sa position concernant une Butler, un Gauchet, un Badiou, un Habermas ? C’est quoi leurs différences de fond ? En quoi leurs pensées se complètent, s’opposent ou se différencient ? Quelle vision globale, quelle synthèse trouve t’on dans ce dossier ?

Il y a une introduction du sujet par le philosophe canadien Charles Taylor qui d’entrée de jeu nous prévient « Avant, l’intellectuel se voyait doté d’une vision globale. Aujourd’hui, il n’y a plus que des savoirs partiels… Comme la foi au progrès infini se perd, l’avenir serait bouché et avec la possibilité d’avoir une vision globale ». Je rajoute alors « donc ne vous fatiguez pas, vous n’arriverez pas à tout voir et comprendre, vous êtes condamnés à une vision partielle ». C’est certain qu’il y a et il y aura toujours quelque chose qui nous échappe mais l’avenir est-il bouché avec la mort de la foi au progrès ? Ne faut-il pas continuellement chercher à faire des ponts, des liens pour donner sens, bâtir une vision globale, même si l’on sait que continuellement cette vision est remise en cause, surtout dans les temps de transition ?

N’y a t-il pas d’autres voies possibles et l’écologie n’est-elle pas un des aspects majeurs de ces nouvelles voies ?

Pauvre Vieil Obs… Peut-être tu t’es trop rapproché des partisans de l’immobilisme, des vaincus de l’esprit, des avides aveugles et ivres de corruption. Depuis quelques mois, tes actionnaires rapaces t’ont imposé leur pitance que tu as bien nommé « Obsession ». Et petit à petit le poison obsession s’insinue dans tes veines. As tu remarqué dans ton dernier dossier sur « New York, capitale du futur » ??? (c’est le titre), ton bel article sur JayZ et Beyoncé qui, dis tu, transforment tout ce qu’ils touchent en dollar. Ah les beaux modèles que tu nous sers. Humm, comme c’est fun…

Vieil Obs, dis moi, New York c’est vraiment la capitale du futur ou celle d’un monde qui se meurt ? Venues du même pays, t’es tu intéressé aux conférences TED par exemple ? (conférences visionnées 1 million de fois par jour dans le monde) . N’est-ce pas la vie qui jaillit comme une source resurgit ?

Vieil Obs, ne pourrais-tu pas t’intéresser un peu plus aux mouvements de la société civile comme Colibris, le Collectif Roosevelt, J’agis pour la nature, Avaaz ? et tant d’autres, plutôt que tes sempiternels gauche / droite et leurs macabres représentants ?

Je t’ai bien critiqué Nouvel Observateur / Viel Obs… Pour ne pas en rester là, je vais tenter, aidé par quelques lectures, de faire connaître quelques idées. De celles qui pourraient apporter une vision globale de notre situation. Je n’ai pas la prétention d’arriver à La Vision Globale, mais d’y contribuer, m’y atteler. En espérant que d’autres, bien mieux placés que moi pour cela, fassent échos. Je suis convaincu qu’il existe un chemin de la pensée en rapport avec le sens de l’histoire. Parti pris vont rétorquer certains. On s’éloigne de toute globalité. A voir, l’histoire fera office de juge.

Grand corps malade…

En France, depuis des mois, un sujet hante quotidiennement les conversations : la crise et ses métastases. Il y a un autre sujet, plus discret mais tout aussi présent, c’est celui du climat. Depuis début juin, les choses ont l’air de rentrer dans l’ordre et si on est passé directement de l’hivers à l’été, le temps semble avoir repris son cours normal, on va pouvoir tous oublier… Et le climat, ce n’est pas aussi prenant que la crise… Cela nous touche moins directement et nous sommes devenus tellement insensibles.

Connaissez vous l‘histoire des cette famille de roumains : « ils travaillaient ensemble un petit lopin de terre. Il y avait leurs chevaux et des charrettes pour les aider, un marché, des voisins… Tous les lopins ont été rachetés, des français, des allemands, on ne sait pas très bien, des big farmers. Des grandes routes ont été tracées avec de gros camions. Certains voisins ont été employés par les nouveaux propriétaires, car ils avaient de gros bras pour de petits salaires. Les chevaux ont fini aux abattoirs. Et la famille de roumains ?

Ils sont partis, comme beaucoup. Ils ont retrouvé une autre famille, eux de musiciens, ceux qui animaient les fêtes et les mariages, c’était avant. Ils sont tous sur l’espace public du pays de la liberté, égalité et fraternité et même dans la capitale… Classe.

– Ils n’ont qu’à travailler…

– Oui, mais ils ont seulement le droit d’être ici, mais pas de travailler…

– C’est leur problème, ils n’ont qu’à rentrer chez eux…

– Il n’y a plus de chez eux…

– Qu’ils crèvent, marmonne l’obèse tout en s’empiffrant son cheeseburger suspect.

– Figurez –vous que cet obèse est mort. Ce n’est pas moi qui l’ai tué, ni même un roumain. Il a été intoxiqué et compte tenu des problèmes de santé qu’il avait déjà, couic »…

Je file, je n’ai plus que quelques minutes pour arriver à l’heure à l’UNESCO et assister à la présentation des futurs jeux écologiques. J’ai compris que c’est pour les enfants et j’y rejoins mon épouse et mon fils. Mon fils est déçu, c’est une conférence pour les grands… On y assiste quand même. Dans le grand auditorium, il y a moins de 200 personnes et une dizaine d’enfants mais ce n’était pas pour les grands, c’était vraiment pour les enfants. Les intervenants sont brillants et la plupart reconnus mondialement. Leurs interventions vont toutes dans le même sens : il est urgent d’agir autrement avec la Terre si l’on veut que la prochaine génération puisse y vivre avec les bienfaits et la qualité que l’on connaît encore aujourd’hui. Les enseignements transmis sont simples et les enfants semblent avoir compris les principaux :

– l’empreinte négative des activités humaines est maintenant visible et même mesurable partout dans le monde.

– 20% % de la surface du globe sont des eaux territoriales, 50% de la surface du globe sont des eaux internationales. Les eaux territoriales sont déjà mal protégées et pour les eaux internationales, c’est la poubelle du monde sans aucune institution pour les protéger.

– La Terre est malade. Un corps malade ne se traduit-il pas par de l’instabilité, des pics et des chutes de température ? N’est-ce pas ce qui est en train de se passer  pour la Terre ?

– Quand quelqu’un est malade, faut-il polémiquer autour de la question de savoir si on va vers une augmentation ou pas de sa température ? Non, il faut l’aider à se rétablir, le soigner pour qu’il retrouve sa stabilité et son harmonie…

Le soir, en rentrant de l’UNESCO, on se dit que c’est dommage qu’une telle initiative ne soit pas mieux relayée dans les écoles. C’est dommage que ces intervenants, tous des hommes et des femmes de terrains ayant des expériences concrètes et claires à transmettre, soient si peu repris dans les programmes scolaires. Ce n’est pas du blabla et les enfants le perçoivent immédiatement. Deux auteurs sont incontournables sur le sujet du climat de la Terre : Edouard Goldsmith[1] et James Lovelock[2]. Un précédent article a été publié : « Allo Gaïa ? » pour faire part des nombreux paramètres identifiés ou restant à découvrir qui agissent sur le climat. Avec ces paramètres, on peut comprendre comment la Terre stabilise son climat et inversement quelles pourraient être les facteurs déstabilisant.

Qu’est ce qu’on risque si la Terre fait une surchauffe ou prend un gros coup de froid ? Et c’est quoi d’abord pour elle une surchauffe ou un gros coup de froid ?

Depuis que la vie est apparue sur Terre, c’est-à-dire depuis 3,5 milliards d’années, sa température moyenne n’a jamais oscillé de plus de dix degrés (entre 12 et 22° C). Les périodes dites glaciaires sont celles où la température moyenne se situe entre 12 et 16° et les périodes chaudes celles entre 16 et 22°C. Les conséquences des périodes glaciaires sont le gel permanent de terres (comme en Sibérie) sur des surfaces recouvrant au plus la surface des pôles jusqu’à 45° de latitude de chaque hémisphère. De façon un peu caricaturale, avec la configuration actuelle des continents, on pourrait dire qu’à la prochaine glaciation, la banquise s’arrêterait à la latitude de Nantes ou de Bordeaux…

Depuis la naissance de la Terre, il y aurait eu cinq grandes ères glaciaires (la première de -3,5 milliards d’années à -800 millions, la seconde vers -450 millions d’années, la troisième de -350 à -250 millions d’années, la quatrième de -170 à -110 millions d’années et la cinquième de -40 millions d’années à aujourd’hui).

Nous sommes donc actuellement dans une ère glaciaire mais à l’intérieur de chaque ère, on passe par des périodes intermédiaires de réchauffement. Inversement dans les ères chaudes, on passe par des périodes intermédiaires de glaciation. Aujourd’hui, la température moyenne du globe est de 15°C. Il y a 18000 ans, nous étions à l’apogée de l’ère glaciaire et il y a 9000 ans dans un climat proche de l’actuel. Si on se situe à des échelles plus réduites, on constate des variations cycliques à l’échelle de 1000 ans, de100 ans, de 10 ans et bien sûr des variations annuelles.

Beaucoup de cycles dans les cycles !

Par exemple, pour les Alpes, en mesurant l’avancée ou le recul des glaciers et les traces qu’ils ont laissées sur une période de 2 millions d’années, on compte 25 épisodes glaciaires.

Si la terre du point de vue physique était passive avec un fonctionnement qu’on peut qualifier de linéaire, comme semble-t-il, c’est le cas pour Mars et Vénus, sa température moyenne ne serait pas comprise entre 12 et 22 °C mais serait proportionnelle à sa distance du Soleil, soit 240° C. Actuellement, Vénus qui est plus proche du Soleil que la terre a une température moyenne de 424 ° C et Mars qui est plus loin, une température moyenne de -56°C. A 240°C, il n’y aurait plus de vie sur terre, la composition de son atmosphère comme de ses océans et continents en serait fortement modifiée. Tout se passe comme si elle avait la possibilité de s’auto réguler en permanence avec la collaboration de sa propre atmosphère et de l’ensemble du vivant.

En cas de surchauffe comme de glaciation de la Terre, la vie, dans ses proportions actuelles, ne pourrait pas être maintenue, on assisterait à une réduction très significative des êtres vivants, hommes y compris. Certains avancent que ce sont les activités humaines la principale cause du réchauffement climatique mesuré depuis quelques décennies. D’autres considèrent que les activités humaines sont négligeables et que ce sont les phénomènes propres à la Terre et au Soleil, la cause essentielle de ce réchauffement. Peut-être toutes ces causes (humaines, terrestres et solaires) agissent de concert ou en opposition et dans des proportions variables mais non négligeables pour chacune. L’homme qui, plus ou moins consciemment, collaborait à cette régulation, est devenu depuis deux siècles toujours plus significatif dans son empreinte, couplé à une orientation très majoritairement destructrice pour la Terre et le vivant.

La Terre est robuste, cela fait plus de 200 ans que cela a commencé, mais comment ferait-elle pour se protéger ?

La montée ou la baisse significative de sa température et des eaux ?

Les irruptions volcaniques et les tremblements de terre et avec, la montée ou la baisse de terres ?

Un ralentissement de sa circonvolution ?

Une atmosphère instable et en cours de changement dans ses composés et proportions ?

Une désertification subite des mers et des terres ?

On peut s’interroger sur le fait que dans l’histoire de la Terre, ces évènements sont tous arrivés de nombreuses fois et qu’ils peuvent se reproduire par la cyclicité naturelle des choses. Inversement, l’humanité en coopérant avec la Terre et le vivant, ne retrouverait-elle pas la capacité de dialogue avec la Terre et la possibilité d’être informée, d’anticiper, voire coopérer avec elle concernant les évènements à venir ?

Dans les contes et les vieilles histoires de nombreux peuples, on retrouve cet avertissement concernant les hommes d’un pays, qui s’étant coupé de la nature et agissant contre elle, ont été submergés en un jour et une nuit.

[1] Edouard Goldsmith, Le Tao de l’écologie, Rocher, 93 puis 2002.

[2] James Lovelock, L’hypothèse Gaïa, Flammarion, 1993.

Réflexion empirique 4 (le message des Hommes reliés)

Réflexion empirique 4 (le message des Hommes reliés)

Compte tenu des crises qui perdurent, des incertitudes croissantes, la question « d’où va le monde ? » nous interpelle toujours plus. Il est intéressant de connaitre les réponses à cette question des peuples dits primitifs. D’abord, qui sont ces peuples ?

Voici une liste loin d’être exhaustive, ce n’est pas mon but, de ces peuples qui pour certains ont quasi disparu, beaucoup ne sont plus représentés que par quelques centaines d’individus, et quelques-uns, rares, sont encore représentés par des milliers d’individus :

Les Maonans (Chine), les Mosos (sud ouest de la Chine), les Tibétains (Tibet), les Tamangs (Népal), les Bhotias (Bhoutan), les ethnies minoritaires en Inde, les Nenets, les Selkoups, les Yacoutes, Les Komis, les Ossètes, les tatars (Sibérie), les Tsaatans, les Kirghizes, les Tuvans (Mongolie), les Inuits (Alaska), les Mentawaïs (île de Siberut proche de Sumatra), les Ibalois (Philippines), les Papous (Nouvelle Guinée), les Aborigènes (Australie), les Asmats (Indonésie), les Touaregs (désert d’Afrique du Nord), les pygmées (forêt équatoriale africaine), les Dogons (Mali), les Bushmens (Afrique Australe), les Dinkas (Soudan), les Hopis, les Navajos, les Sioux, les Cherokees, les Apaches, les Lakotas (Amérique du nord), les Enawene (Brésil), Les Aymaras (Bolivie, Pérou, Chilie), les Quechuans (Pérou, équateur, Bolivie), les Ngobe Bugle (Panama), les Kogis, les Shuars (Colombie), les Zo’é (forêt d’Amazonie). Et bien d’autres…

Quand j’ai établi cette liste, je me suis rendu compte que je connaissais surtout ceux qui ont été anéantis, (les Indiens d’Amérique du nord et des tribus africaines). Je ne dois pas être le seul à n’avoir eu comme culture sur le sujet que les westerns et les bandes dessinés de mon enfance. Aujourd’hui encore, il existe plus d’un millier de ces peuples, en grande majorité sur le déclin, dû à la pression exercée par le monde moderne. Un roman, mêlant des faits réels et de fiction, illustre parfaitement ce qu’on peut entendre par déclin sous la pression du monde moderne. Il s’agit du roman de Jean Bertolino, « Chaman »1. Un autre livre, lui, issu d’expériences concrètes, est celui écrit sous la direction d’Eric Julien et Muriel Fifils, « Les Indiens Kogis »2. Jean Marie Pelt dans la préface de ce livre nous dit : «Les Kogis vivent en harmonie profonde avec la nature dans laquelle ils sont totalement immergés. Leur culture se nourrit d’une haute spiritualité. Pour eux, écologie et spiritualité sont une seule et même chose. Mais surtout, ils témoignent, à nos yeux, de valeurs que nous avons complètement perdues : la sagesse, la recherche de l’équilibre et des consensus, le soucis de relations apaisées. Là où nous nous agitons frénétiquement, drossés par la religion du progrès, les Kogis « pensent » le monde, se parlent, sont à l’écoute de leurs sages, les Mamus, conduisent avec leurs enfants un processus éducatif dont nous n’avons plus la moindre idée. Nous emmagasinons des savoirs; ils apprennent à connaître les choses de la vie… Il faut sauver les indiens Kogis et engager d’urgence un dialogue avec cette mémoire du monde, si nous voulons nous sauver nous-mêmes. Tel est le message qui nous est livré par Eric Julien dans cet ouvrage remarquablement écrit. »

Ce qui m’interpelle aussi particulièrement concernant ce livre et ce qu’il dévoile des Kogis, c’est l’implication invisible mais bien réelle de ces derniers pour nous aider à devenir plus conscients des conséquences de notre mode de vie, leur lutte pour contrebalancer les effets négatifs de ce mode de vie, enfin l’alternative qu’ils représentent comme exemples d’hommes et de femmes reliés et en harmonie avec la nature et le sacré, source d’inspiration d’autres façons de vivre. Il y a eu aussi en 2009 un film, 3Avatar, le premier de l’histoire en trois dimensions pour le grand public. Si ce film a battu les records d’entrées ce n’était pas uniquement pour ses trois dimensions. Je retiens qu’il a généré, particulièrement chez les plus jeunes spectateurs, la nostalgie d’un monde où la planète et les êtres vivants sont tous solidaires et reliés. Il a suscité de la nostalgie et non de l’espoir, car ces jeunes n’imaginent pas qu’ici on puisse reproduire de telles relations. Comme moi, la plupart des personnes qui ont vu ce film sont ignorants du mode de vie des peuples dits primitifs, ou n’en ont qu’une approche superficielle. Ils n’imaginent pas que peut-être, pour certains hommes, ce type de relations est encore possible. Ou intuitivement, ils savent que cela disparaît et se sentent impuissants à agir. Comme l’illustre bien ce film de science fiction, l’avidité des humains à extraire un minerai de la planète Pandora habitée par les Navis (le peuple racine local) n’a pas de limite, quitte à tout détruire. Même si la fin du film est un « happy end », le spectateur n’est pas dupe que dans notre monde réel, le scénario se reproduit sans happy end. La nature, la beauté des écosystèmes et les peuples racines y sont sacrifiés. D’où le profond malaise à la sortie du cinéma.

Quand on parle de « primitif », il y a souvent un côté péjoratif, suggérant une infériorité. Ce n’est pas ma façon de voir. Primitif est employé ici en association avec le mot premier. Les peuples primitifs sont ceux qui ont su garder le lien avec les temps premiers, le temps des origines. Tous seraient alors dépositaires de ce qu’on peut appeler la Tradition, au singulier. La Tradition est à considérer dans son sens étymologique, « tradere », transmettre : ce qui par la mémoire des hommes a été transmis de génération en génération. Dans ce sens et pour reprendre ce qu’écrit Eric julien4 dans la revue Alliance n° 25, on peut aussi appeler ces peuples, les « peuples racines » ou encore « les peuples des hommes reliés ».

L’arrogance du monde moderne et de nos religions balaye le plus souvent dans le répertoire « croyances de pauvres sauvages » les histoires et textes de ces peuples, notamment quand ils abordent des thèmes comme la cosmogénèse, l’anthropogenèse, voire des prédictions sur le futur. Pourtant ce monde moderne a la mémoire bien courte concernant sa propre histoire. Son histoire s’arrête il y a un peu plus de cinq milles ans et avant, on rentre dans le domaine de la préhistoire où nous n’avons plus que quelques os, silex et peintures rupestres comme repères. C’est la version officielle de notre monde « high tech », mais est-ce vraiment celle de tous les peuples et de l’humanité en générale ?

L’histoire ne pourrait-elle pas commencer avec l’existence de civilisations et de peuples il y a plusieurs millions d’années comme le suggèrent les mythes oraux et parfois écrits de certains peuples racines ? Pourquoi pas ?

Et les hommes des cavernes ne seraient-ils pas les formes dégénérées restantes suite à la chute de ces civilisations plutôt que nos uniques ancêtres ?

Nous, occidentaux, peut-on encore donner des leçons sur l’origine de la vie, de l’humanité, de notre histoire, quand nos propres découvertes remettent en cause nos visions officielles ? En quoi avons-nous plus la vérité que les peuples racines ?

La théorie darwinienne, fondée sur le hasard et la sélection naturelle pour son modèle d’échelle évolutive des espèces, est complètement remise en cause. Les chaînons manquants se multiplient au fur et à mesure que les disciplines scientifiques arrivent à dialoguer entre elles. Avec la chute de cette théorie, nos ancêtres des cavernes proches des formes simiesques deviennent de moins en moins crédibles. Et c’est aussi toute une vision particulière de l’histoire et de la préhistoire qui s’écroule. Concernant l’origine de la vie, plus nos savants explorent l’infiniment grand et l’infiniment petit, plus ils se rapprochent du temps des origines, plus ils butent sur un mur et plus grandit la tour de leur ignorance. (Les découvertes révèlent plus de questions que de réponses). Quand de rares scientifiques osent rapprocher les résultats de leurs travaux avec des textes anciens, ils le font souvent dans l’anonymat pour ne pas perdre leur crédibilité et leurs bourses. Et leurs découvertes restent toujours très discrètes car il ne faut ne pas faire d’ombre à la pensée établie !…

L’exemple de James Lovelock est assez significatif du dogmatisme occidental qui a mis plus de trente ans à reconnaître son travail qui supposait la terre comme un grand être vivant et intelligent, comme les peuples racines, eux, l’ont toujours conçus. Quant à nos religions, elles ont de plus en plus de mal à jongler avec les scientifiques, notamment ceux qui, suite à leur recherche, se posent des questions sur les mystères qu’ils constatent et deviennent plus humbles quant à leur savoir, sans pour cela devenir croyants. Finalement, l’opposition entre un dieu créationniste et la lente évolution darwinienne arrangeait tout le monde. Mais tout vole en éclats. Pourquoi un tel autisme ? Ne serait-il pas temps de reconsidérer les connaissances et les modes de vie des « peuples racines » en partant de leurs critères et leur vision des choses ?

Le message des hommes reliés

Pour revenir à la question « d’où va le monde ? », je me suis intéressé aux connaissances qu’on retrouve chez plusieurs de ces peuples et qui nous interpellent particulièrement à l’aune des enjeux du monde actuel. J’ai écarté les « traductions » qui résonnent bien, trop bien, avec la morale judéo-chrétienne et toutes approches à l’évidence partisanes. Je n’ai rien contre cette morale et ces approches, mais par exemple, il est évident que les premiers traducteurs jésuites n’ont pas brillé par leur impartialité dans l’interprétation des textes et des messages oraux qu’ils avaient à traduire. Il est évident aussi que les savoirs de ces peuples, plus ils font références à des temps éloignés, plus il y a des risques de déformations et d’erreurs. Aussi, je n’apporte pas trop de crédits à toutes les dates trop précises concernant le passé comme l’avenir. Par contre, si on retrouve des témoignages d’évènements ou de faits particuliers dans plusieurs peuples qui pourtant n’étaient pas en relation et ne vivaient pas au même moment, ces évènements et faits m’intéressent, même s’ils ne sont pas indiqués aux mêmes dates selon les textes de références.

Dans l’étude des textes et témoignages oraux de ces peuples, j’ai retenu cinq aspects importants en rapport avec le sujet d’où va le monde :

Point 1 : L’existence d’êtres plus avancés que les hommes ayant pour vocation de les accompagner dans leur évolution et autonomie, au moins dans les premiers temps de l’humanité.

Point 2 : Le lien quasi « charnel » que ces peuples ont gardé avec la terre, Gaïa, même dans les périodes troubles de leur histoire.

Point 3 : L’existence de civilisations vieilles de plus de centaines de milliers d’années, civilisations qui pour certaines auraient eu un niveau technologique équivalent au nôtre, voire supérieur dans de nombreux domaines.

Point 4 : Le conflit d’une ou plusieurs de ces civilisations qui se seraient coupées des êtres plus avancés et auraient eu un comportement égoïste envers la terre et d’autres hommes. Cela se serait soldé par une disparition relativement subite de cette ou ces civilisations.

Point 5 : L’hypothèse de plusieurs humanités.

Tous les peuples racines ont en commun le point 1 (l’existence d’êtres plus avancés que les hommes). La vision positiviste et moderne les a tous mis dans le même sac de gentils ou méchants sauvages baignant dans une magie, source de confusion. Soit. Mais qui aujourd’hui baigne dans la confusion du point de vue spirituel ?

Ce qui semble obscur chez les peuples racines, c’est la quantité de noms donnés à ces entités spirituelles et qu’il y a des Dieux pour tout et partout. On doit comprendre que ce qui est invisible à nos sens communs est considéré chez ces peuples comme spirituel et divin et que ce qui est visible est avant tout le support de cet invisible, donc non séparé. Il est assez facile d’extraire les grandes familles de tous leurs dieux : il y a ceux qui s’occupent du bon déroulement de la vie et de ce qu’on pourrait nommer un plan d’évolution, ceux qui nous instruisent ou plutôt qui nous ont instruits mais ne le font plus, ceux qui ont un rôle de gardiens et enfin ceux qui chercheraient à nous rendre plus sages quand nous daignons nous tourner vers eux. Ce partage des dieux en familles de dieux peut faire sourire. C’est celui que je constate en comparant les divers témoignages des peuples racines. L’intérêt de cette classification est de faire apparaître une complexité plutôt qu’une simple liste où tout se vaut et est à la même échelle.

Prière des indiens navajos :
« O Grand Esprit, dont j’entends la voix dans les vents et dont le souffle donne vie à toutes choses, écoute-moi. Je viens vers toi comme l’un de tes nombreux enfants ; je suis faible … je suis petit … j’ai besoin de ta sagesse et de ta force. Laisse-moi marcher dans la beauté et fais que mes yeux aperçoivent toujours les rouges et pourpres couchers de soleil. Fais que mes mains respectent les choses que tu as créées, et rends mes oreilles fines pour qu’elles puissent entendre ta voix. »

Tous ces peuples ont aussi en commun le point 2 (lien charnel avec la Terre). (Lien qu’ils gardent tant qu’ils maintiennent une certaine distance avec notre façon de vivre car alors, à l’exemple des aborigènes, des indiens d’Amérique ou des Inuits, l’alcool, les maladies et la vie assistée, les déciment rapidement). De nombreux ethnologues et anthropologues ont réalisé des documentaires, films et livres montrant la grande richesse et la véracité de leurs relations avec la Terre. Internet regorge de témoignages. Ce n’est pas un hasard si les multinationales pharmaceutiques explorent les forêts équatoriennes à la recherche de ces peuples pour connaître et breveter de nouveaux produits aux vertus médicales…

C’est le mode de vie occidental qui est déraciné d’avec la terre. Et quand parmi les représentants de ce mode de vie, certains tentent de recréer les liens perdus, rapidement, ils font l’expérience de leur cécité et doivent faire appel aux « primitifs » qui eux ont su garder « l’oreille » avec la nature, les animaux. La Terre nous parlerait à travers de nombreux intercesseurs… Et là encore les témoignages des peuples racines convergent sur ce point : La terre est malade. C’est une chance que nous ayons encore ces peuples témoins d’un autre rapport au vivant. Ne la gaspillons pas. Donnons-leur la place qu’ils méritent, osons apprendre d’eux et faisons-le avec discernement. Il ne s’agit pas de se transformer en aborigène ou en indiens Kogis mais d’oser remettre en cause certaines de nos habitudes et s’inspirer d’eux… Du point de vue pédagogique, si ces peuples étaient mieux reconnus, ils pourraient transmettre aux enfants du monde entier un alphabet invisible source de renouveau et comme le dit Eric Julien5« des valeurs morales comme la solidarité, le partage, le don, le respect, l’écoute, l’humilité, l’engagement ». Et avec, pourraient renaître d’autres rapports à soi-même, aux autres et à la terre.

Message du mamu (sage chez les Kogis), Marco Barro :
6«Tout est écrit dans la nature, et notamment la façon dont il convient de canaliser l’énergie entre la vie et la mort, pour éviter le chaos. C’est dans la nature que les lois et les règles qui régissent notre société prennent leurs racines. C’est là que nous savons comment maintenir le monde en harmonie, comment penser et agir ensemble, afin d’éviter les maladies, les catastrophes naturelles, les grèves et les disputes familiales, car tout est lié. Les règles et les lois occidentales sont faites par les hommes au profit de la société humaine. La loi kogi est cosmique, elle permet de maintenir l’équilibre du monde au service de la vie. Il y a une seule loi de la nature, qui est la même pour tous. Nous les Kogis, on essaye de garder l’équilibre chez nous dans la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, mais vous, que faites-vous de votre responsabilité ? Vous n’avez plus d’anciens pour vous transmettre la mémoire et sans mémoire on ne peut rien faire. Pourquoi ne pensez vous plus le monde ? La pensée, qu’elle soit kogi ou non, c’est la même pensée, la même conscience. La vraie question, c’est de savoir comment se servir, comment utiliser cette pensée. Si demain on utilisait un peu mieux notre conscience, notre pensée, on pourrait commencer à se parler, à échanger entre sociétés qui se respectent. Aujourd’hui, la nature est malade. Il y a beaucoup de pollutions. Seuls, nous ne pouvons pas protéger la terre, ensemble nous pouvons faire quelque chose. Il n’est plus temps de parler mais d’agir…»

Concernant les points 3 (l’existence de civilisations évoluées et vieilles de plusieurs centaines de milliers d’années), 4 (la chute subite d’une ou plusieurs civilisations anciennes suite à ses excés et inconséquences) et 5 (l’hypothèse de plusieurs humanités), ils ne concernent que certains peuples racines. Je ne peux pas avancer ici que tous ces peuples ont en commun ces points. Par contre, on peut remarquer que les peuples concernés sont dans des zones géographiques précises : les Amériques, l’Egypte, l’Inde et l’Hymalaya puis plus tard, suite à des migrations, les peuples indo-européens. Ces points 3,4 et 5 sont les plus sujets à polémiques, car ils remettent en cause non seulement le mode de vie occidental, mais aussi ses croyances et les religions qui cohabitent avec. Je ne les ai pas retenus pour leur côté polémique, mais plutôt parce qu’ils suggèrent que la crise que nous vivons n’est pas nouvelle dans l’histoire.

Concernant le point 3, l’existence de civilisations vieilles de plus de centaines de milliers d’années et au niveau technologique équivalent voire supérieur au nôtre, on constate des analogies entre des mythes oraux issus de populations américaines et des textes ou gravures d’Inde, d’Egypte et de Grèce. On y apprend par exemple, l’existence d’engins volants, l’utilisation de l’énergie de l’atome sous forme de fusion et non de fission. Je considère ces exemples comme des anecdotes, mais elles nous renvoient à l’idée que même la super technologie pourrait ne pas être à l’abri d’un déclin, voire de l’oubli…

Les hopis évoquent dans leur histoire de l’humanité des « boucliers volants » se déplaçant dans un champ magnétique et des batailles avec des armes aux effets semblables aux bombes nucléaires. Dans le livre indien du« Mahabharata » est décrit un vimana, char aérien pourvu de flancs de fer et vêtu d’ailes. Ce livre relate aussi des guerres effroyables où de grosses boules de feu pouvaient détruire une cité entière. Les Dogons en Afrique ont des connaissances en astronomie qui dépassent largement leurs capacités d’observation. Cette connaissance disent-ils, leur aurait été apportée par les Nommos, pères du genre humain, venus à bord d’une arche volante. Après le premier test nucléaire d’Alamogordo, on demanda à R. Oppenheimer, père de la bombe H, si c’était la première bombe atomique qui venait d’exploser et il répondit : « dans l’histoire moderne, oui ».

Concernant le point 4, le conflit d’une ou plusieurs civilisations très anciennes qui se seraient coupées des êtres plus avancés et auraient eu un comportement égoïste envers la terre et d’autres hommes. Cela nous rappelle encore plus la description du monde actuel. Il est précisé que ce type de comportement ce serait soldé par une disparition relativement subite de cette ou ces civilisations. Et pour les survivants, la plupart seraient tombés à un niveau culturel très bas, c’est à dire sans la mémoire de leurs origines et de leurs racines. Comme il y a bien longtemps, l’humanité aurait-elle aujourd’hui une épée de Damoclès sur la tête ?

Au cours du XX° siècle, l’humanité a fait un bond en avant fantastique dans son niveau de responsabilité envers la terre et le vivant en général vu ses possibilités de nuisances comme ses possibilités d’apports bienfaisants. Sa conscience a t-elle suivi ?

Platon dans le Timée et Critias décrit une civilisation orgueilleuse qui en une nuit et un jour sombra avec ses terres au fond de l’océan. Au Tibet, le livre du Kyu-Te, fait référence à un pays et ses habitants qui en une nuit et deux jours furent submergés. Les hopis décrivent « un pays de l’est » où les hommes voulurent posséder les secrets des Dieux pour eux-mêmes et pour asservir les autres hommes. Les Kachinas (les grands initiés) défendirent les hommes bons (ceux qui suivaient la loi naturelle) et détruisirent ceux du pays de l’est.

Pour le point 5 (l’hypothèse de plusieurs humanités), l’humanité passerait par sept phases principales. Nous serions actuellement à la fin de la cinquième phase, proche de la sixième phase. Ceci serait en quelque sorte le plan d’évolution propre à l’humanité et la vague de vie qui l’accompagne. Les sept phases d’humanité seraient les habits que prennent les hommes à des moments de l’histoire, des moyens et non des finalités.

Comment se fait le changement d’habits ?

Il est intéressant de constater l’analogie suivante : la planète est passée par cinq grandes phases glaciaires et l’humanité serait, elle aussi, à sa cinquième phase, proche de la sixième. Chaque passage d’une phase d’humanité à une autre correspondrait à un bouleversement géologique majeur sur la terre. Ce passage de la cinquième phase à la sixième phase humaine est-il pour bientôt ?

Je ne le souhaite pas car l’humanité est loin d’être prête à un bouleversement géologique majeur et la vie des cavernes ne m’inspire pas particulièrement… Est ce qu’il pourrait y avoir cohabitation entre une humanité à la cinquième phase et une autre à la sixième ? Certainement. Et pour lever toute ambiguïté à propos des races, de mon point de vue, appartenir à cette sixième phase ne serait pas gage d’être plus sage ou meilleur qu’appartenir à la cinquième, mais simplement d’avoir des moyens différents.

Dans les annales du royaume du Laos, le démiurge, khun Borom, partage le monde entre ses sept fils. Dans le mythe originel des indiens navajos comme chez les aztèques, le monde actuel représente la cinquième étape de l‘humanité. Hésiode en Grèce parle d’une succession de cinq humanités. Dans le zohar, l’humanité se décline en sept familles. Au Tibet, avec les livres du Kiu-Te, l’humanité doit passer par sept phases et nous serions vers la fin de la cinquième phase.

Tout ceci est en total déphasage avec les croyances du moment sur le sujet et qu’Edgar Morin reprend dans son livre avec Boris Cyrulnik « Dialogue sur la nature humaine » : 7« une première naissance commence au début de l’hominisation (l’homme n’a qu’un cerveau de 600 cm3, à peine plus grand que celui d’un chimpanzé) avec la bipédisation, la vie dans la savane, la course, les abris. Il y a une autre naissance avec la domestication du feu et peut –être l’apparition du langage, si celle-ci précède effectivement l’apparition de notre espèce. Une troisième naissance a incontestablement lieu avec l’homo sapiens (cela correspond aux sociétés archaïques) puisque l’homme développe considérablement ses techniques, ses capacités de représentation artistique, son imaginaire, ses croyances et ses mythologies… Suit enfin une autre naissance, celle des sociétés historiques, qui commence à apparaître, il y a sept, huit ou dix milles ans et qui se développe en détruisant les sociétés archaïques. »

Les peuples racines et certains textes anciens repoussent bien plus loin l’existence de sociétés historiques et développées comme c’est déjà mentionné dans le point 3 (l’existence de civilisations vieilles de plus de centaines de milliers d’années et au niveau technologique équivalent voire supérieur au nôtre). D’autres part et comme suggéré au point 1, ces peuples racines sont unanimes pour avancer que la culture, au départ, nous aurait été donnée par des êtres plus avancées que nous.

Que faire alors des trois premières naissances de l’humanité citées par Edgar Morin ?

Les hommes de ces trois premières naissances pourraient être plutôt des « branches mortes », des « rameaux » de civilisations disparues, rameaux qui ont su parfois garder jusqu’à aujourd’hui la mémoire de certains aspects des très anciennes civilisations. Et alors pourquoi ne trouve t-on rien sur ces très anciennes civilisations hormis les témoignages des peuples racines et certains textes anciens qu’on considère comme des légendes ?

Peut-être que dans les fonds et archives de nos musées, il existe déjà de nombreuses preuves mais que ces preuves ne sont pas vues comme telles. Peut-être que nous ne cherchons pas dans ce sens, donc nous ne risquons pas de les trouver. L’Egypte, avant le XVIII° siècle, était déjà déclarée par une minorité comme une racine essentielle de notre histoire, un sommet de civilisation. Mais il a fallu les expéditions de Bonaparte pour que l’égyptologie émerge réellement et que les grandes découvertes commencent. Le plan d’évolution issu des croyances des peuples racines et de certains textes anciens n’est peut-être qu’une fable. De mon côté, je classe cette fable comme hypothèse envisageable. Car la considérer ainsi, c’est s’ouvrir la possibilité de franchir la grande épreuve du moment. Cette épreuve n’est pas le fait d’arrêter les rejets de gaz carbonique, ni de devenir un parfait écologiste. Cette épreuve est celle de reconnaître que tous les humains au-delà des couleurs de peaux, des classes sociales et des croyances ont une racine commune et partagent une même destinée. Ce n’est pas seulement la conscience « baba cool » que nous sommes tous frères, mais la conscience que tout ce qui m’est étranger et que je ne comprends pas fait en réalité aussi partie de moi. Chercher à faire avec cet « étranger » des liens et des ponts serait le sens premier de la vie, particulièrement aujourd’hui. Il est encore temps de se souvenir, de réapprendre et de se rapprocher des peuples racines. Au-delà du futur qui nous attend, je suis convaincu que ceux qui s’engageront dans cette voie trouveront des réponses aux questions et épreuves qu’ils auront à résoudre. Les graves problèmes du moment ne sont pas le fait de ces peuples mais de nous tous, « les petits frères » comme nous appellent les Kogis. Les « grands frères » n’ont pas à passer les épreuves et trouver les réponses pour nous, mais ils peuvent et savent comment nous aider, soyons humbles.

1 Jean Bertolino, Chaman, Presse de la Cité, 2002.

2 Eric Julien, Muriel Fifils, Les Indiens Kogis, Acte Sud, 2009.

3 James Cameron, son film « Avatar », 2009.

4 Eric Julien, Le message des Kogis, revue Alliance n°25.

5 Eric Julien, Muriel Fifils, Les Indiens kogis, Actes Sud, 2007.

6 Eric Julien, Muriel Fifils, Les Indiens kogis, op. cit., p.108.

7 Edgar Morin et Boris Cyrulnik, Dialogue sur la nature humaine, ed. de L’Aube, 2010.

Réflexion empirique 3 (la brutalité du système)

Réflexion empirique 3 (la brutalité du système)

Que des CRS tapent et se font taper dessus dans des manifestations type Good Year, ce n’est pas nouveau… Qu’un président en mal de crédibilité se fasse interpeller et insulter sur le terrain, ce n’est pas nouveau non plus (dernièrement Hollande à Dijon). Qu’une fête, ici le nouvel an chinois à Paris dans le 13°, soit le théâtre d’actes violents envers les imprudents (parents et enfants qui se sont retrouvés trop prêts des dignitaires de passages : Benoit Hamon, Anne Hidalgo, NKM et d’autres), c’est déjà plus rare. Dans ces trois situations, on a bastonné d’abord, avant de chercher à dialoguer et trouver des compromis. Ce qui « évolue » dans ce type d’évènements, c’est de constater que la brutalité et le rapport de force échappaient à tout contrôle, comme s’ils avaient leur propre autonomie et ainsi, insidieusement, s’installaient comme mode de rapport entre les dominés et les dominants.

Si dans le cas des ouvriers de Good Year, il est évident que ces derniers cherchaient avant tout à faire passer leur rage, les CRS sont-ils les meilleurs interlocuteurs ? Et dans les deux autres cas, on a prétexté un excès de zèle des policiers et des agents de sécurité privés, pour justifier les brutalités commises… Emmanuel Valls, ministre de l’intérieur, grand chef des 007, a-t-il eu conscience, lors du nouvel an chinois, que le cordon de sécurité brandit comme une prou de navire, fendait et repoussait la foule sans discernement, quand, par la configuration des rues, le passage était de toute façon trop serré ? A t-il eu conscience que la confusion générée par cette approche de la « sécurité » rendait aisé l’introduction d’une personne landa à l’intérieur du cordon de sécurité, face à sa personne et à moins de 10 mètres ?

François Hollande a conscience qu’une « opération people » dans la rue doit être faite avec de bons militants choisis, mais a t-il conscience que même les militants ont de plus en plus de mal à se prêter à ce petit jeu ? A t-il conscience que d’autres, de plus en plus nombreux, voient ces rencontres comme des provocations et des occasions pour exprimer plus que leur raz le bol ?

Hollande, Valls, Hidalgo, NKM, Sarko, Fillon, Coppé… Vous êtes les représentants d’un système qui va être de plus en plus rejeté comme en témoigne ce qui se passe en Grèce, en Italie et sur tout le pourtour méditerranéen. Votre peur à affronter la rue, seulement armé de votre dignité, est le reflet de votre peur à engager de vraies réformes. Vous êtes trop attachés à ce système même si certains d’entre vous savent à quel point il est décadent. Vous êtes plongés et empêtrés dans la fange aux cochons. Le prestige et l’orgueil dominent en vous le devoir et l’humilité. Vous n’avez pas le courage d’entamer le nettoyage des écuries d’Augias. Vous vous servez d’abord, avant d’être au service et le peuple qui le sait, le supporte de moins en moins. Vous devriez lire avec un peu plus d’attention « Le Prince »  de Machiavel… Plus vous resterez figés sur vos positions, plus vous serez amenés à l’utilisation des thérapies de chocs et des brutalités qui vont avec, parfois même à l’encontre de vos principes. Et, impuissants, vous constaterez inexorablement la montée de la violence et votre incapacité à la contenir. Vous brandissez l’épouvantail du populisme qui, s’il s’installe, fait effondrer le système. C’est vrai, mais par exemple Beppe Grillo en Italie, n’est-il pas plutôt une conséquence que la cause de l’effondrement d’un système ?

En d’autre terme, si vous n’assumez pas l’effondrement du système et la nécessité de réinventer tout autre chose, l’effondrement se fera de toute façon. Il se fera en passant par des « ismes » de toutes sortes, qui, incapables de gouverner quoi que ce soit, aboliront un peu plus vite que vous la société de droit où ce qu’il en reste. Le vrai danger qui pointe ne sera pas les « ismes » mais le vide de droit et de protection pour les plus faibles et la terreur comme arme de dissuasion entre les forts. N’est-ce pas ce qu’on voit se développer en Lybie, en Afghanistan en Irak, en Somalie et dans les mafias ?

C’est ce futur que vous souhaitez en Europe et partout dans le monde ?

Stéphane Hessel, dans son dernier livre1 demande un peu plus de compassion envers les hommes, la nature et la planète. Je rajouterai aussi de la détermination pour se changer soi-même et du courage pour engager les réformes vitales nécessaires. J’ai proposé quelques pistes de réformes dans un précédent article intitulé « C’est maintenant… vous… président ! ». Je compte aller plus loin dans ces propositions avec un prochain billet nommé « La fin des ouvriers ? ». Je ne me fais pas d’illusion, je ne compte pas trop sur ceux qui ont le pouvoir, mais plus sur la société civile et les anonymes pour enclencher ces réformes.

1 Stéphane Hessel, Roland Merck, A nous de jouer, Autrement, 2013.

« Pourquoi être membre du Collectif Roosevelt ? »

Ce qui ressort, c’est qu’à l’intérieur du groupe Roosevelt les clivages liés aux tendances de partis sont bien présents, les conflits d’intérêts aussi… Bref, il y a des vers dans le fruit… Il est clair que Roosevelt est de tendance gauche avec toutes ses variantes. Mais j’aurais souhaité que ses membres soit de la gauche façon « ma gauche » d’Edgar Morin (voir son livre qui porte ce titre), c’est à dire une gauche qui n’est plus un parti, mais plutôt un regroupement de personnes de bonnes volonté d’abord intéressées par le bien commun et la « Terre-patrie », ouvertes aux échanges d’idées et à des rencontres pour formaliser d’autres façons de vivre ensemble, aux antipodes d’ambitions personnelles et des oppositions de partis. Il est peut être temps de proposer à ces personnes qui doivent être nombreuses au sein du collectif de mieux s’identifier et de se rencontrer pour ne pas perdre son temps avec des polémiques stériles. Il est bien de se battre au sein de ceux qui semblent avoir le pouvoir (le PS ?) pour des actions comme scinder les banques et les 15 propositions du Collectif Roosevelt mais peut-on arriver à quelque chose quand on voit à quel point  les appareils politiques sont imbriqués dans le système corrompu ?

Alors pourquoi être au sein de ce Collectif si les 15 belles idées que propose ce Collectif ne sont pas défendues et proposées auprès de ceux qui pourraient les faire appliquer ?

Peut-être qu’il faut revoir la copie. Peut-être est-il plus important de prendre le temps de se connaitre entre nous concrètement et petit à petit formaliser des actions ensemble selon nos affinités, nos moyens et nos compétences. Peut-être est-il plus important de se reconnaitre dans nos aspirations, de se reconnaitre comme réel citoyen et pouvoir se faire confiance, devenir des amis réels et pas façon facebook… Peut être le collectif Roosevelt pourrait être l’antichambre où déposer tous nos vieux habits usés (nos croyances dans les partis actuels, dans les causes qui disent non ou se disent anti, dans les religions célestes comme terrestre, etc…) pour faire émerger à travers nos rencontres une nouvelle vie, au moins en parler, donner du temps dans ce sens…
Se rapprocher et garder des contacts avec les partis comme le PS pour aider à incarner nos actions, pourquoi pas, tant qu’on garde l’indépendance et qu’on ne se fait pas d’illusion. Attention donc aux « agents doubles » qui s’imposent par leur militance dans les groupes locaux ou sur le net de réseau comme celui ci et empêchent une nouvelle vie de prendre forme.

Le collectif Roosevelt est là pour faire émerger en audibilité des idées, des réflexions, des livres, des actions concrètes que le système cherche à occulter. Il est là pour que les porteurs de ces idées, réflexions, livres et actions concrètes puissent se reconnaître entre eux, voir se rencontrer. Le collectif Roosevelt n’est pas là pour appuyer tel ou tel parti. Il n’est pas là pour faire du prosélytisme caché pour le PC, Front de gauche, PS et tutti quanti. Du balai les partis, vous avez fait votre temps. Contentez vous d’être le compost dont on a besoin pour faire pousser de nouvelles plantes, c’est déjà pas mal…