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Si j’avais 20 ans en 2025

Si j’avais 20 ans en 2025…

Pourquoi m’être mis dans la peau de mon fils avec ce titre ???

La conscience du côté éphémère de la vie ? Mes « taches » de vieillesse que je ne peux plus cacher, pas même à moi-même ? Ce désir possessif et grégaire de prolongement du moi dans sa descendance ? La peur d’être jugé par son propre fils et justifier à l’avance ses orientations en terme d’éducation ? L’intuition du futur à venir ? La conviction d’un monde à venir et de savoir comment s’y préparer ? L’amour ?

En 2011, Nicolas Tenzer sortait un livre « Le monde à l’horizon 2030 ». Dans ce livre, le mot qu’il employait le plus souvent pour décrire le monde actuel et jusqu’en 2030 était « déséquilibre ». Déséquilibre est de mon point de vu beaucoup trop « soft » pour le monde d’aujourd’hui. Mais c’est un mot qui convient mieux quand on voit le monde du haut des couloirs des ambassades aux tapis feutrés. Depuis 1989, année marquée par le symbole de la chute du mur de Berlin, le feu vert a été donné au pillage systématique et accéléré de toutes les ressources planétaires. On a alors quitté le XX° siècle, siècle du déséquilibre, pour rentrer dans une nouvelle ère, celle de la fragmentation, celles où les choses se séparent, s’abiment voir disparaissent pour longtemps. Et cette nouvelle ère de fragmentation devrait être assez courte, celle de l’effondrement frappe à la porte… L’effondrement, c’est la fin d’un monde et pas du monde. Les choses s’écroulent et malgré tous les efforts pour y remédier, le phénomène est inexorable. C’est un peu comme ces châteaux de sable qu’on dresse, enfant, face à la marée montante. On bouche, on rebouche, on court de plus en plus vite pour réparer les fuites, et les vagues, qui veulent jouer aussi, deviennent en réponse de plus en plus hautes et fortes.

Pas très joyeux cette perspective d’effondrement comme prospective des années à venir…

Aussi, si j’avais 20 ans en 2025 je me préparerai des maintenant du haut de mes 10 ans.

– Je dirai à mes parents que ce n’est pas la peine de me concocter un plan de carrière façon grandes écoles car ces écoles là ne peuvent pas préparer aux effondrements de ce qui les soutient.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre l’autonomie dans tous les domaines et régulièrement me mettre à l’épreuve pour que je puisse constater par moi-même mes forces et mes faiblesses et ainsi développer le courage de m’améliorer.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre l’autarcie pour une vie sédentaire comme pour une vie nomade, car les deux pourraient être particulièrement complémentaires dans un monde de pénurie.

– je dirai à mes parents de m’apprendre à cheminer en paix avec la solitude en m’octroyant des longues et courtes immersions dans des milieux qualifiés de sauvages, là où l’homme et ses traces sont encore l’exception.

– Je dirai à mes parents de m’apprendre à me forger de réelles amitiés basées sur une confiance mutuelle, des convictions partagées et des liens fraternels qui résistent aux frictions des personnalités, comme aux engagements envers des idéaux.

– Je dirai à mes parents de m’aider à trouver les réponses aux grandes questions qu’on se pose, par mes observations de la nature, de mes actes et de mes pensées, mais aussi par des lectures, rencontres et dialogues choisis.

– Je dirai à mes parents de me facilité l’accès aux arts, à la politique, aux religions et aux sciences et m’encourager à développer pour ces thèmes une pensée complexe capable de les relier tout en les différenciant, capable d’y insuffler de la vie pour un renouvellement, capable de les mettre à distance pour qu’elles restent des moyens et non des finalités.

– Je dirai à mes parents de ne pas me créer un monde artificiel de bisounours et tout en me protégeant, me divulguer progressivement tous les aspects du monde actuel.

– Je dirai à mes parents qu’ils prennent le risque de me faire faire un parcours de vie atypique, que je ne leur en voudrais pas, même si dans vingt ans ce monde ne c’est pas encore effondré, cela m’aura bien préparé pour mes propres enfants.

– Je dirai à mes parents de me laisser rire et pleurer même et surtout quand la raison leurs échappe, de me laisser ma part de mystère.