Réflexion empirique 3 (la brutalité du système)

Réflexion empirique 3 (la brutalité du système)

Que des CRS tapent et se font taper dessus dans des manifestations type Good Year, ce n’est pas nouveau… Qu’un président en mal de crédibilité se fasse interpeller et insulter sur le terrain, ce n’est pas nouveau non plus (dernièrement Hollande à Dijon). Qu’une fête, ici le nouvel an chinois à Paris dans le 13°, soit le théâtre d’actes violents envers les imprudents (parents et enfants qui se sont retrouvés trop prêts des dignitaires de passages : Benoit Hamon, Anne Hidalgo, NKM et d’autres), c’est déjà plus rare. Dans ces trois situations, on a bastonné d’abord, avant de chercher à dialoguer et trouver des compromis. Ce qui « évolue » dans ce type d’évènements, c’est de constater que la brutalité et le rapport de force échappaient à tout contrôle, comme s’ils avaient leur propre autonomie et ainsi, insidieusement, s’installaient comme mode de rapport entre les dominés et les dominants.

Si dans le cas des ouvriers de Good Year, il est évident que ces derniers cherchaient avant tout à faire passer leur rage, les CRS sont-ils les meilleurs interlocuteurs ? Et dans les deux autres cas, on a prétexté un excès de zèle des policiers et des agents de sécurité privés, pour justifier les brutalités commises… Emmanuel Valls, ministre de l’intérieur, grand chef des 007, a-t-il eu conscience, lors du nouvel an chinois, que le cordon de sécurité brandit comme une prou de navire, fendait et repoussait la foule sans discernement, quand, par la configuration des rues, le passage était de toute façon trop serré ? A t-il eu conscience que la confusion générée par cette approche de la « sécurité » rendait aisé l’introduction d’une personne landa à l’intérieur du cordon de sécurité, face à sa personne et à moins de 10 mètres ?

François Hollande a conscience qu’une « opération people » dans la rue doit être faite avec de bons militants choisis, mais a t-il conscience que même les militants ont de plus en plus de mal à se prêter à ce petit jeu ? A t-il conscience que d’autres, de plus en plus nombreux, voient ces rencontres comme des provocations et des occasions pour exprimer plus que leur raz le bol ?

Hollande, Valls, Hidalgo, NKM, Sarko, Fillon, Coppé… Vous êtes les représentants d’un système qui va être de plus en plus rejeté comme en témoigne ce qui se passe en Grèce, en Italie et sur tout le pourtour méditerranéen. Votre peur à affronter la rue, seulement armé de votre dignité, est le reflet de votre peur à engager de vraies réformes. Vous êtes trop attachés à ce système même si certains d’entre vous savent à quel point il est décadent. Vous êtes plongés et empêtrés dans la fange aux cochons. Le prestige et l’orgueil dominent en vous le devoir et l’humilité. Vous n’avez pas le courage d’entamer le nettoyage des écuries d’Augias. Vous vous servez d’abord, avant d’être au service et le peuple qui le sait, le supporte de moins en moins. Vous devriez lire avec un peu plus d’attention « Le Prince »  de Machiavel… Plus vous resterez figés sur vos positions, plus vous serez amenés à l’utilisation des thérapies de chocs et des brutalités qui vont avec, parfois même à l’encontre de vos principes. Et, impuissants, vous constaterez inexorablement la montée de la violence et votre incapacité à la contenir. Vous brandissez l’épouvantail du populisme qui, s’il s’installe, fait effondrer le système. C’est vrai, mais par exemple Beppe Grillo en Italie, n’est-il pas plutôt une conséquence que la cause de l’effondrement d’un système ?

En d’autre terme, si vous n’assumez pas l’effondrement du système et la nécessité de réinventer tout autre chose, l’effondrement se fera de toute façon. Il se fera en passant par des « ismes » de toutes sortes, qui, incapables de gouverner quoi que ce soit, aboliront un peu plus vite que vous la société de droit où ce qu’il en reste. Le vrai danger qui pointe ne sera pas les « ismes » mais le vide de droit et de protection pour les plus faibles et la terreur comme arme de dissuasion entre les forts. N’est-ce pas ce qu’on voit se développer en Lybie, en Afghanistan en Irak, en Somalie et dans les mafias ?

C’est ce futur que vous souhaitez en Europe et partout dans le monde ?

Stéphane Hessel, dans son dernier livre1 demande un peu plus de compassion envers les hommes, la nature et la planète. Je rajouterai aussi de la détermination pour se changer soi-même et du courage pour engager les réformes vitales nécessaires. J’ai proposé quelques pistes de réformes dans un précédent article intitulé « C’est maintenant… vous… président ! ». Je compte aller plus loin dans ces propositions avec un prochain billet nommé « La fin des ouvriers ? ». Je ne me fais pas d’illusion, je ne compte pas trop sur ceux qui ont le pouvoir, mais plus sur la société civile et les anonymes pour enclencher ces réformes.

1 Stéphane Hessel, Roland Merck, A nous de jouer, Autrement, 2013.

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