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Qui tire les ficelles ?

Arrétez de fantasmer sur des conspirateurs à l’échelle planétaire !

On peut quand même se la poser cette question de qui tire les ficelles… D’autres l’ont fait avant nous (Platon avec le mythe de la caverne). Et le mythe se perpétue dans notre imaginaire avec des livres comme le Seigneur des anneaux, 1984, le Meilleur des mondes, ou des films comme La guerre des Etoiles, Matrix, Inception, … Un sujet qu’on a relégué au monde des ados… surtout pas au monde sérieux des adultes…

Existent-ils ces maîtres du monde et si c’est le cas, qui sont-ils ?

Seraient-ce les oligarchies ?

Alain Cotta1 dans son livre « Le règne des Oligarchies », explique que les oligarchies2 ont toujours dominé le reste de la population avec pour finalité d’endormir et massifier ce « reste ». Mais les oligarches sont quand même assez nombreux à l’échelle du monde. Cela ferait un peu beaucoup de « maîtres du monde »..

Parmi les oligarches, seraient-ce ceux qui contrôlent la finance ?

Naomi Klein3 dans son livre « la stratégie du choc », décrit le fonctionnement des maîtres de la finance depuis la seconde guerre mondiale. On découvre le rôle de certaines écoles, de multinationales et d’institutions sous leur contrôle ou sous leur influence. Ce sont ceux qui contrôlent la réserve fédérale ou banque centrale américaine (la réserve fédérale américaine n’est pas sous le contrôle du gouvernement des Etats-Unis mais sous le contrôle de banques privées) et indirectement le FMI, l’OMC, l’OTAN, le FBI…

C’est peut être eux ou certains parmi eux…

Seraient-ce ceux qui apparaissent directement sur le devant de la scène, qu’elle soit politique, économique, militaire ou médiatique ?

C’était pour rire, mais faire le guignol est un bon moyen de passer inaperçu pour d’autres sujets…

Et pourquoi pas ceux qui instrumentalisent ceux qui sont sur le devant de la scène ?

Ces derniers, peu nombreux, ont aussi le pouvoir à travers les conseils d’administration des banques et des multinationales. Ils dictent aussi les programmes des médias. Par exemple, en France, on a quelques individus qui contrôlent à la fois une ou plusieurs multinationales et des médias comme 4Martin Bouygues (Bouygues construction, Bouygues téléphone, TF1, LCI, TF6, TV Breizh, TMC, TPS), Arnaud Lagardère (EADS pour quelque temps encore, Fayard, Grasset, JC Lattès, Stock, Parie Match, Journal du Dimanche, Nice Matin, La Provence…), Edouard de Rothschild (banque Rothschild par filiation, Libération, France Galop), Serge Dassault (Dassault aviation et systèmes, Thalès, actionnaire de L’Express, Valeurs Actuelles et du Figaro), François Pinault (ancien président du groupe PPR, actionnaire au Point). Et dans les autres pays dits riches, on a les mêmes concentrations de pouvoirs dans les mains de quelques hommes.

Seraient-ce les hommes les plus riches du monde ?

Carlos Slim Helu, Bill Gates, Amancio Ortega, Warren Buffett… et les autres…

Seraient-ce des membres influents de groupements comme le Word Economic Forum, le groupe Bilderberg, les Francs Maçons, les Triades chinoises, le Siècle, Le Club de Rome, l’Opus Dei et quelques autres organisations ?…

Ces maîtres du monde, c’est certain, ils sont quelque part dans tous ceux qui viennent d’être cités et parfois dans plusieurs cases à la fois.

Pourquoi s’intéresser à eux ?

Ce n’est pas par curiosité. A propos du marché, la voix du capitalisme libéral évoquait une main invisible. De même, une main invisible pèse sur le sort de l’humanité et indirectement sur celui de la planète. C’est une main machiavélique qui se croit au dessus de tout et sélectionne ses élites en les mettant à l’épreuve : une forte intelligence rationnelle, une grande maîtrise de la personnalité, le tout marié à un profond cynisme et égoïsme. Le système dit « corporate governance » instillé au début des années 80 dans les multinationales est inspiré de ce modèle de sélection. Et les non sélectionnés (l’immense majorité de la population), sont des troupeaux, à traiter comme on traite le bétail aujourd’hui…

A ces maîtres du monde, je leurs dis « non merci ». Non, l’éducation ne sert pas à extraire une élite mais permettre à chacun de s’élever pour postuler à ce qui l’épanouit complètement. Les plus capables se mettant alors au service des autres pour aider au progrès de tous. Non, vous n’êtes pas au dessus des lois naturelles, vous n’êtes pas non plus le sommet du vivant et la vie pourrait bientôt se charger de vous le rappeler. Non, vous n’arriverez jamais à briser complètement les idéalistes et humanistes… Oui, vous êtes très fort, comme jamais, pensez vous, vous ne l’avez été. Mais relisez l’histoire, celle des annales immémoriales, vous vous êtes déjà bien plantés.

Avec le XXI° siècle, les physiciens travaillent avec acharnement pour unifier les quatre forces fondamentales de l’univers- les deux forces nucléaires forte et faible, la force électromagnétique et la force de gravité, en une seule Superforce. Quelque chose me dit que les actuels tristes maîtres du monde sont comme ces physiciens… Il y a et il y aura toujours quelque chose qui leur échappe et ce n’est pas du au hasard…

1 Alain Cotta, Le règne des Oligarchies, Plon, 2011.

2 Oligarchies : des régimes où un petit groupe de personnes a la souveraineté sur un ou plusieurs domaines comme la politique, l’économie, les médias, le militaire.

3 Naomi Klein, La stratégie du choc, Léméac/Acte Sud Babel, 2008.

La stratégie du choc consiste à profiter d’une crise ou de la créer, pour imposer à la population des réformes visant principalement à désengager l’Etat ou la région concerné de ses responsabilités. Des actifs sont alors bradés au profit de multinationales et ce qui auparavant était géré collectivement devient privé. La stratégie du choc peut être aussi appliquée à des individus sous forme de séquestrations, tortures, déracinements, déportations, voir assassinats. Les individus visés sont ceux s’opposant à ces privatisations imposées.

4 Dany-Robert Dufour , Le divin marché, Denoël, 2007, p54.

« Un séisme majeur»

« Un séisme majeur»

La terre a tremblé deux fois dans les Alpes… Des petits tremblements de 2 à 3 sur l’échelle de Richter… Pas de quoi en faire un gruyère.

En politique, en France, il vient aussi d’y avoir un séisme. Pas un petit séisme, non, un « séisme majeur». Celui qui non seulement fait trembler mais crée l’irréparable, une fracture ouverte et béante, que rien ne peut réparer. On est pourtant habitué aux séismes en politique. Et beaucoup pensez, au moins ceux qui ont voté socialiste aux dernières élections présidentielles, qu’avec ce gouvernement, on avait jugulé le risque de gros séismes. Et pan… Le ministre du budget liquéfié. Comme par hasard, le choc moral se situe là où c’est le plus sensible, au cœur des tensions actuelles : le fric, le pouvoir d’achat, les partages de gâteaux… C’est un séisme majeur car il est de trop. Un peu comme s’il y avait un séisme de même intensité que le précédent à Fukushima, avec ses piscines toxiques suspendues…

Le choc va-t-il réveiller les 1« troupeaux de consommateurs égo-grégaires » ?

Malgré la dose massive d’anxiolytique qui lui est administré, il semblerait que le peuple a bien compris ce qui se passait. Il semblerait que dans toutes les couches sociales et d’âges, plus personne n’est dupe. Le peuple sait enfin qu’il est seul et non représenté par ce qu’il reste des institutions politiques et des partis. Mais le peuple a encore majoritairement la bouche pleine en France. Les réactions extérieures devraient rester molles… Le peuple devenu animal sait qu’il ne peut plus que compter sur lui-même et s’il fait le dos rond quand on le caresse dans le sens du poil, par ailleurs, il aiguise ses griffes. Et le peuple, quand il est seul, bien sagement assis devant sa TV, gronde, rumine… Ne sentez-vous pas cette tension ? Ne voyez-vous pas ces ballonnements difformes créés par la colère et les ressentiments ?

Il y a trop longtemps que ceux qui constituent le peuple, ont perdu non seulement l’idée mais l’image même du citoyen (celui qui défend les intérêts de la cité avant les siens). Et comme on va vers une pénurie de ce qui gavait ce peuple et qu’il le sait. Et comme sa pensée est endormie et qu’il n’a plus que ses instincts pour agir où plutôt réagir, pas le meilleur de lui-même… Aïe, aïe, aïe !!!

« Tout pour moi, moi contre tous ! » vont clamer à leur tour les « nouveaux veausquetaires de la rétribution ». Cette rétribution qui consiste à dépouiller le voisin et le faible sans partage, elle est faite de façon soft depuis des décennies par les oligarchies qui ont le pouvoir, les anciens veausquetaires. Les nouveaux veausquetaires, c’est une grande partie du peuple et pas seulement le rebut des banlieux. Tous ceux qui vont franchir allègrement le gué de la conscience morale, pour dépouiller ceux qu’hier encore, ils croisaient dans leur quartier. Pourquoi se gêner vu l’exemple d’en haut ? Et si les choses viennent à manquer, pourquoi ne pas se servir là ou encore elles sont ?

Les derniers incidents de Grigny dans le RER ne sont que des prémices… Je suis triste à l’avance des barbaries à venir.

Le temps est venu de faire un procès moral aux politiques et oligarches véreux. Il ne s’agit pas de tous les politiques et de tous les puissants, mais une grande proportion… Ce procès, il faut le faire maintenant. Car une fois que la digue sera rompue et que le peuple se déchaînera, il n’y aura plus que des victimes… Vous avez dépouillé le peuple du savoir, de la culture, de l’art, d’un rapport sein à l’argent, aux institutions et à la loi… Vous avez détruit une bonne partie du vivant, défiguré et intoxiqué la Terre. Vous avez même réussi à pourrir l’inconscient collectif et individuel… Votre dette est immense. Le Titanic va bientôt percuter l’iceberg. Serez-vous à nouveau dans les rares canots de sauvetage, ou porterez-vous à bout de bras, les enfants hors de l’eau, jusqu’à vos dernières forces ?

 

1 Dany-Robert Dufour, Le divin marché, Denoël, 2007.

Engagez vous ou réengagez vous ! Mais pourquoi et vers quoi ?

Engagez vous ou réengagez vous ! Mais pourquoi et vers quoi ?

Deux livres ont inspiré le titre de cet article. Le dernier de Stéphane Hessel 1« A nous de jouer » et celui de Martin Hirsch 2« La lettre perdue ».

Ces deux auteurs se connaissent et ont un certain nombre de points communs intéressants : des liens directs avec la résistance, avec la constitution de la déclaration universelle des droits de l’homme et avec une certaine vision de l’Europe, celle synonyme de paix entre les peuples et les nations, celle de l’engagement pour la liberté, les droits de l’homme, le progrès social, la démocratie. Cette vision positive de l’Europe a trop tendance à être oubliée compte tenu du poids des technocrates et du lobbying installés à Bruxelles. Ces derniers ont détourné l’idéal européen des Hessel, Hirsch et bien d’autres, vers cette europe du libéralisme, du libre échangisme, du culte de la concurrence, du capitalisme rapace…

Pourquoi s’engager ou se réengager ?

Laissons répondre Martin Hirsch en reprenant quelques morceaux choisis de sa mise en garde à un auditoire d’élèves d’une grande école :

3Aujourd’hui vous avez un idéal. Vous êtes remplis d’énergie, d’enthousiasme, de générosité, de bonne volonté. Vous rêvez d’un monde plus juste, moins cruel, avec moins de pauvres, moins de conflits, moins d’inégalités, moins d’échecs. Vous n’avez pas envie de voir votre environnement se dégrader, la planète se détruire. Vous ne pensez pas que les valeurs matérielles soient supérieures aux valeurs des idées. Le racisme, la xénophobie vous font horreur. Vous ne souhaitez pas que le monde vous échappe. Mais vous savez que vous aurez du mal à trouver une place dans un univers dur, exigeant. Vous avez besoin d’un diplôme, d’un travail, de ressources. Il vous faut convaincre vos professeurs de vos capacités, demain vos employeurs de votre productivité. Votre enthousiasme vous paraît à l’heure actuelle indestructible, éternel, mais le système éducatif et le système économique vont vous faire croire que grandir, c’est vous départir de votre idéal… Aux jeunes on apprend à être réalistes… Mais si ce n’est que cela, c’est catastrophique. Cela revient à former des jeunes vieux… On va vous persuader que le passage à l’âge adulte est le renoncement à votre idéal. De bonnes âmes, dans lesquelles vous avez confiance, vont vous aider à faire cette mue… la plupart seront capables de conserver cette petite flamme en veilleuse pour la ranimer une fois la retraite venue. Dans quarante ou cinquante ans, ils sauront la retrouver, la faire à nouveau grandir. Ils s’engageront comme bénévoles. Une éducation réussie est une éducation qui cultive l’idéalisme qui prépare les jeunes à changer la société, et les encourage à vouloir transformer le monde, tout en les dotant des clés pour le faire bouger de l’intérieur. Il ne s’agit pas d’attendre d’avoir les cheveux blancs pour renouer avec ses idéaux de jeunesse. Cette flamme de l’engagement doit être entretenue… Une politique de jeunesse… doit s’adapter aux aspirations des jeunes. Non pas de manière démagogique, mais en se livrant à un exercice critique, en les aidant à débusquer leurs propres contradictions, en respectant leurs idéaux, en s’interrogeant sur leur pertinence. En cherchant la pertinence de l’impertinence. En refusant l’indifférence à la différence. Vous serez vite confrontés à de cruels dilemmes : vous mettre au service de votre idéal, c’est prendre le risque d’être considérés comme des marginaux, c’est peut-être compromettre vos chances de réussir, de faire carrière… Les alarmes de la raison lutteront contre les sirènes de la passion… Et si vous résistiez ? Et si grandir, ce n’était pas se départir de son idéal, mais au contraire se donner les moyens de le faire vivre ?… Je vous propose une autre manière de grandir. Cultivez votre idéal… Construisez votre carapace, non pas pour faire preuve de dureté à votre tour mais au contraire pour vous protéger des sourires narquois, de la condescendance… Ne vous trompez pas de naïveté. Ils appelleront naïveté le fait de croire en un monde meilleur, plus solidaire. Vous leur opposerez la naïveté de ceux qui pensent que le monde peut survivre sans engagement. Gardez vous toutefois de penser qu’on peut bousculer l’ordre établi sans connaître les rouages de la machine, sans s’y intégrer. Refusez la facilité de l’incantation. Et pensez à ce vers de Paul Eluard : « Rien jamais ne disparaîtra plus de ce qui mérite de vivre ».

Vers quoi s’engager ?

Pour faire simple, Martin Hirsch propose dans d’autres parties de son livre deux axes d’engagements en tant que français : celui d’une avancée de l’Europe vers la création d’une Europe fédérale et en parallèle, celui d’un programme national d’engagement basé sur le service civique (cent jours d’engagement pour tous et pour chaque période de cinq ans) et le volontariat.

Stéphane Hessel lui promeut une réforme de la pensée basée sur la compassion qu’il définit comme la capacité à se mettre à la place de l’autre, à faire preuve de solidarité, d’empathie, un nouveau vivre ensemble politique qui permette l’établissement d’une société mondiale respectueuse de tous ses sujets et de la nature.

Je propose d’aller encore plus loin, un acte encore plus hardi !

Le service civique et le volontariat, tels que proposés par Martin Hirsch, seraient le socle d’une éducation, d’un apprentissage du vivre ensemble avec compassion avec tous les êtres et la planète dans sa diversité. L’Europe pourrait être le champ d’expérimentation d’un retour progressif des personnes à la campagne. Pourquoi la campagne ? Car le temps de la vie citadine, basée sur la profusion matérielle et énergétique, nous est compté. Car la terre est malade et a besoin d’hommes et de femmes qui l’aiment et reviennent s’occuper d’elle. Car les Européens sont à l’origine de ce qui n’est pas acceptable et accepté (je vous laisse faire la liste) et pourraient les premiers faire volte face et montrer l’exemple vers ce que Pierre Rabhi appelle une sobriété heureuse. Je ne me fais pas d’illusion, il y aura peu de candidats. Peu importe. Il y en aura toujours suffisamment pour ne pas baisser les bras, suffisamment pour que tout idéaliste ne se sente pas isolé, suffisamment pour se dire que cela vaut le coup de se battre pour un tel idéal et s’engager.

Pour finir, je reviens vers un des idéaux défendu par Martin Hirsch : l’engagement vers une Europe fédérale. Qui se traduirait par un gouvernement européen, une seule armée européenne, une seule voix pour représenter l’Europe dans les instances internationales, une seule voix pour défendre les industries et les agricultures de chaque nation européenne… Si un tel engagement a été cohérent à la sortie de la seconde guerre mondiale et pendant les trente années qui ont suivi, est-il encore d’actualité ? Qui servirait-t-il ? Les intérêts européens au détriment des intérêts des autres pays ? L’industrie d’un tel face à l’industrie d’un autre ? Le maintien de notre modèle de vie pour une ou deux générations de plus ? La poursuite voir l’accélération du 4libéralisme débridé, ivre de corruption et de biz ?

Ne faudrait-il pas d’abord voir l’intérêt global de la terre et de tous ses habitants ?

Tant que les hommes du monde entier ne sont pas encore tous parqués dans le troupeau égo-grégaire du divin marché, ne faudrait-il pas se concentrer sur l’émergence de groupes humains prêts à changer d’ère (compassion), aire (vision holistique du monde) et air(écologie) ?

Je veux bien bosser bénévolement avec Martin Hirsch et d’autres pour aider au développement du service civique. Mais en priorité dans les campagnes et pour des projets agro-écologiques, car le temps nous est compté.« 5Quelle planète laisserons-nous à nos enfants, quels enfants laisserons-nous à la planète ? »

1 Stéphane Hessel, A nous de jouer, Autrement, 2013.

2 Martin Hirsch, La lettre perdue, Stock, 2012.

3 Martin Hirsch, op. cité, p.75 à 79 (extraits choisis).

4 Dany-Robert Dufour, Le divin marché, Denoël, 2007.

5 Question à laquelle tente de répondre l’école des Amanins implantée dans un centre agro-écologique dans la Drome.