Réflexion empirique 2 (les rythmes scolaires)

Cela fait 30 ans que l’on parle de changer les rythmes scolaires… On les a même changés dans cette période et alors… Les résultats ?

Concrètement :

Les enfants peuvent rentrer à la maternelle dès 3 ans. Ils arrivent à l’école à 8H30 du matin et 90% y restent jusqu’à 16H30. Pour 50%, principalement dans les grandes villes, leur présence est prolongée jusqu’à 18H00 avec l’étude. Ce rythme sera le même jusqu’à la fin de l’école primaire, donc pendant 8 ans. « Grâce » aux centres de loisirs, les enfants peuvent aussi garder ce même rythme les mercredis. Les parents qui travaillent à deux ont donc la possibilité avec l’étude et les centres de loisirs d’avoir leurs enfants pris en charge par l’école tous les jours, pendant leur temps de travail. Malgré la polémique du sujet, j’espère que tout le monde peut convenir que ce rythme est d’abord adapté à celui des parents et non à celui des enfants. Il a un autre intérêt, vu d’un pays à la démographie vieillissante, c’est de contribuer à faciliter les conditions pour avoir des enfants…

Je ne vais pas rentrer dans le débat de faut-il rajouter ou pas le mercredi matin dans le temps scolaire ? Quelles activités proposer les après-midi à partir de 15H ou 15H30 ? Quelles infrastructures sont à mettre en place ? Quelles sont les aides à octroyer par l’état, les régions et les villes ? Quelles sont les formations à apporter aux enseignants ? Quels sont les critères de qualités à mettre en place dans les nouvelles activités à proposer aux enfants ? Faut-il s’inspirer en partie du modèle allemand ou celui d’un autre pays du nord de l’Europe ?…

Ce qui me semble important de constater, c’est que vouloir toucher aux rythmes scolaires, provoque de fortes tensions. Et ces tensions, ne sont-elles pas un symptôme de plus de l’état moribond de notre société et de la crise du sens de la vie ?

Les solutions de masse qu’on nous propose depuis 30 ans, sont-elles des solutions ?

J’aime bien l’initiative de Mom’Artre dans le 18° à Paris qui a eu l’idée de proposer une prise en charge complète des enfants les soirs après l‘école, les mercredis et les vacances scolaires. Cette prise en charge complète s’appuie sur des ateliers artistiques et culturels avec l’implication d’artistes locaux et des parents quand ils le peuvent. Certains vont me rétorquer que reproduire à une plus grande échelle ce modèle n’est pas viable financièrement… Je suis convaincu qu’une multitude d’ateliers de cette sorte, tout en étant très différenciés, pourraient éclore aujourd’hui et pas simplement le soir après l’école mais aussi les après-midi. Cela va juste à l’inverse des programmes de TV, des consoles de jeux et autres distractions, le fond de commerce de ceux qui préfèrent une humanité amorphe.

Un des problèmes de fond soulevé par les rythmes scolaires est la place que nous, les adultes, donnons à nos enfants. Quel est le temps que nous leur attribuons ? Quelle vie partageons nous avec eux, pas simplement pour les occuper ou les distraire, mais pour qu’ils s’épanouissent et que nous nous épanouissons avec eux ou proche d’eux (à travers un cadre auquel on a collaboré par exemple ou tout du moins on s’y est impliqué, on le connaît) ?

Un autre problème crucial est en rapport avec ce que notre société a placé au centre de l’éducation des enfants. Aujourd’hui, l’éducation à l’école consiste à apporter des connaissances. Ne faudrait-il pas plutôt leur apprendre à apprendre ? Leur faire aimer l’apprentissage ? Enfin savoir être attentif à ce qui résonne bien avec chaque enfant ? (pour l’aider à développer ce ou ces aspects et ainsi l’aider à acquérir la nécessaire confiance en soi, aux autres et à la vie).

Les parents qui ont des moyens financiers procurent à leurs enfants des cours de danse, de théâtre, de musique, d’anglais, de, de, de… Et l’enfant a lui aussi son agenda bien rempli. Mais ce type de papa et maman, dans la grande majorité des cas, ne sont qu’au mieux des spectateurs de la vie culturelle, sportive et artistique de leurs enfants. Et ces cours ne constituent pas non plus une garantie de l’épanouissement des enfants concernés.

Le problème des rythmes scolaires devrait nous interpeller, nous adultes, sur nos propres rythmes et ce qui est prioritaire dans nos vies. Ne faut-il pas revoir notre façon de vivre ensemble (avec nos enfants, avec leurs éducateurs, avec le tissu culturel, social, sportif, artistique proche de nous) ?

Ne faut-il pas revoir notre rapport au travail, à l’argent et au temps ?

Ne faut-il pas imaginer une autre façon de vivre et de s’impliquer au quotidien ? (dans ce qui pourrait constituer de nouvelles formes d’éducations et de vivre ensemble : dans l’environnement et l’agroécologie, dans la connaissance par l’expérience de la culture et des cultures, dans le bénévolat, dans l’entraide)… Tant que le bien commun et d’abord celui des enfants, ne guidera pas réellement nos choix, tant que ce sont les intérêts prosaïques qui primeront, l’inculture, la démotivation, la violence et le cynisme gagneront encore du terrain.

Heureusement, aujourd’hui, il y a des essais réussis d’écoles alternatives. Je pense par exemple à l’école de la Ferme des Amanins, ou encore les camps de volontariat du Vieil Audon (le Vieil Audon n’est pas une école mais c’est un très bon outil de formation globale des jeunes et adolescents). Il y a de nombreuses autres initiatives comme les écoles Montessori, Steiner et Freinet, la living school, l’école du Hameau des buis, le groupe des incroyables comestibles (ce n’est pas une école mais une démarche où dans un quartier, une ville, les enfants et les parents cultivent et donnent gratuitement des fruits et des légumes)… Mais à l’échelle de la France, cela reste très minoritaire.

Imaginez, rêvons. Tous nos amis artistes, les galériens du cachet, nous appellent et nous disent : « on a enfin du boulôt pour l’année, on va monter des spectacles avec les écoles et préparer un carnaval pour chaque école ». D’autres nous appellent et nous disent : « on met en place un atelier poterie, un atelier sculpture, un atelier jardinage par quartier avec les enfants. Ailleurs, ils vont construire des bateaux avec un atelier menuiserie. Là- bas, ils sont chargés de décorer des rues du centre ville. Là-haut sur la montagne, les écoles réalisent un observatoire scientifique et animalier. Ici, ils ont comme projet de monter une serre dans la cour de l’école »…

J’ai rêvé, nous avons rêvé ?

Vous avez parlé horaires, rythmes ???

Vous savez, ceux qui dans l’histoire construisent les bateaux, ils sont rentrés tous les soirs à 20H le dernier mois pour finir leurs bateaux avant la fête de l’école. Mais ils étaient si heureux, ils étaient si fiers de leurs bateaux… Bien plus tard, deux en ont fait leur métier.

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